Le baromètre « IA à l'école » de l'association Ecolhuma, publié vendredi 28 août, révèle un usage massif – mais souvent clandestin – de l'intelligence artificielle par les professeurs français. Selon cette enquête, l'adoption de l'IA par les enseignants est bien plus répandue que ce que les études précédentes laissaient entendre.
Un usage massif mais discret
En moins de quatre ans, l'intelligence artificielle a pris une place majeure dans la trousse à outils des élèves français. Selon le ministre de l'Education nationale Edouard Geffray, collégiens et lycéens seraient ainsi 85 % à y recourir pour faire leurs devoirs. Mais qu'en est-il des enseignants ? La seule enquête disponible s'appuyant sur un panel représentatif – celle de l'OCDE, Talis 2024 – avait mis en exergue leur très faible appétence pour l'IA : 14 % d'usagers à titre professionnel, soit le plus faible score de tous les pays de l'organisation.
Un résultat assez cohérent avec les précédentes enquêtes de l'OCDE qui, depuis dix-huit ans, documentent le rapport très distant, sinon réfractaire, de nos professeurs au numérique éducatif. La singularité de l'IA, toutefois, est sa facilité d'appropriation et la fulgurance de son adoption par le grand public depuis le lancement de ChatGPT fin 2022. Les enseignants étant des Français comme les autres, il n'y a aucune raison qu'ils échappent à son attraction.
Des gains de temps à concilier avec la qualité de l'enseignement
Le baromètre d'Ecolhuma montre que les professeurs utilisent l'IA de manière souvent clandestine, sans nécessairement en informer leur hiérarchie ou leurs collègues. Cette discrétion s'explique par une certaine méfiance, voire un tabou, autour de l'utilisation de ces outils dans le cadre professionnel. Les enseignants craignent probablement d'être jugés ou de voir leur travail dévalorisé.
Reste à s'assurer que les gains de temps permis par la machine s'associent à une amélioration de l'enseignement. D'après le baromètre d'Ecolhuma, l'usage de l'IA pour l'évaluation des travaux des élèves est encore peu répandu chez les enseignants. Cette pratique, qui pourrait pourtant faire gagner un temps précieux aux professeurs, n'est pas encore entrée dans les habitudes.
Un potentiel à encadrer
L'enquête soulève ainsi la question de l'encadrement de ces pratiques. Si l'IA peut aider les enseignants dans leurs tâches quotidiennes, il est essentiel de définir un cadre clair pour son utilisation, afin de garantir à la fois l'éthique et la qualité pédagogique. Les résultats du baromètre d'Ecolhuma invitent à une réflexion plus large sur la place de l'IA dans l'éducation nationale.
Alors que les élèves sont déjà massivement utilisateurs, les enseignants semblent suivre le mouvement, mais dans l'ombre. L'association Ecolhuma, en publiant ces données, espère sans doute ouvrir un débat nécessaire sur l'avenir de l'enseignement à l'ère de l'intelligence artificielle. Les prochaines semaines diront si les pouvoirs publics et les acteurs de l'éducation sauront répondre à ce défi.



