Des digressions félines transformées en projet pédagogique innovant
Dans le quartier de Clavières à Alès, une simple digression pendant un cours de mathématiques a donné naissance à un projet éducatif remarquable. À l'école élémentaire Romain-Rolland, le dispositif Ulis (Unités localisées pour l'inclusion scolaire) a su transformer des histoires de chats racontées par les élèves en un outil pédagogique complet.
De l'oral spontané à la création écrite structurée
"J'ai un élève qui racontait encore une bêtise de son chaton, et tous les autres ont renchéri", explique Élisa Bezirard, coordonnatrice du dispositif Ulis. "Ce n'était pas le moment, je voulais faire des maths. Mais j'ai noté leur enthousiasme et nous en avons fait un projet."
Avec l'aide de Laura Moratti, accompagnante d'élèves en situation de handicap (AESH), et d'une stagiaire illustratrice, l'équipe a lancé le projet "Bande dessinée". Les élèves ont raconté leurs anecdotes animales à l'oral pendant que les enseignantes prenaient des notes méticuleuses.
Un processus créatif en plusieurs étapes
Le travail pédagogique s'est organisé selon une méthodologie précise :
- Collecte des récits : Chaque élève partage son histoire personnelle avec son animal
- Transformation visuelle : Les anecdotes sont illustrées en planches de bande dessinée
- Réécriture : Passage du langage oral au langage écrit avec nuances
- Reconstruction : Les élèves doivent lire, découper et coller les bulles au bon endroit
"Il fallait qu'ils trouvent une construction logique entre les images et les phrases pour refaire le sens", précise Élisa Bezirard. "C'était leur histoire, c'était eux qui l'avaient créée", souligne-t-elle, insistant sur l'importance de cette appropriation personnelle.
Un impact qui dépasse la classe Ulis
Le directeur de l'école, Bertrand Maïly, a proposé de faire circuler la bande dessinée dans les autres classes. Cette initiative a généré des échanges interclasses enrichissants. "Une collègue est venue avec sa classe, ils nous ont fait une affiche avec un dessin de chat et nous ont donné un livre à lire sur le chat", raconte l'enseignante.
Pour le directeur, ce projet participe à déconstruire les préjugés : "L'Ulis a souvent une mauvaise réputation. Les parents ont peur que leur enfant soit considéré comme différent." Il insiste : "Ce ne sont pas des enfants coupés. Ce sont des élèves de l'école, comme tous les autres."
Une pédagogie adaptée et concrète
Bertrand Maïly explique la philosophie éducative qui sous-tend ce projet : "On est obligés de trouver des méthodes alternatives. On essaie de rendre les choses concrètes et de trouver des chemins différents pour parvenir aux résultats."
Cette approche montre comment l'innovation pédagogique peut naître de situations quotidiennes. Les histoires de chats, initialement perçues comme des digressions, sont devenues le moteur d'un apprentissage significatif qui engage activement les élèves.
Le projet démontre que l'inclusion scolaire passe par des adaptations constantes et créatives. "C'est l'école. Juste l'école", conclut simplement le directeur, rappelant que l'essence de l'éducation réside dans cette capacité à transformer les moments ordinaires en opportunités d'apprentissage extraordinaires.