L'UJFP visée par une enquête antiterroriste pour financement présumé du Hamas
Enquête antiterroriste contre l'UJFP pour financement du Hamas

L'Union juive française pour la paix dans le viseur de la justice antiterroriste

L'Union juive française pour la paix (UJFP) est actuellement au cœur d'une enquête préliminaire pour « financement du terrorisme » et « association de malfaiteur terroriste ». Cette procédure judiciaire a été déclenchée suite à une plainte déposée le 2 juillet 2025 par l'association Contre la haine, l'antisémitisme et le racisme (Char). Le parquet national antiterroriste (Pnat) a officiellement ouvert cette enquête le 8 août 2025, comme le confirme un courriel consulté par Le Point et envoyé aux avocats de Char le 5 décembre.

Des révélations troublantes lors d'une conférence à Graulhet

L'origine de cette affaire remonte au 8 juin 2025, lors de la foire paysanne Biocybèle à Graulhet dans le Tarn. Pierre Stambul et Sarah Katz, figures emblématiques de l'UJFP, y donnaient une conférence intitulée « Cultiver sous les bombes à Gaza ». Des enregistrements réalisés par des spectateurs révèlent des déclarations particulièrement préoccupantes.

Pierre Stambul a affirmé devant une trentaine d'auditeurs que « depuis le 7-Octobre, notre misérable petite association juive antisioniste a envoyé plus de 600 000 euros à Gaza ». Il a ajouté avec fierté : « On peut à peu près vous assurer que l'argent que vous donnez, quatre jours après, il est à Gaza ». Ces propos ont été tenus alors qu'il portait un keffieh rouge et blanc autour du cou.

Des liens revendiqués avec le Hamas

Plus troublant encore, les deux membres de l'UJFP ont explicitement confirmé les relations de leur association avec le Hamas, organisation classée comme terroriste par une trentaine de pays dont les États-Unis, le Canada, le Japon et l'Union européenne. Pierre Stambul a même raconté une anecdote révélatrice : « Ce qui est quand même très drôle, c'est quand les ministres du Hamas voulaient discuter avec les paysans, ils venaient à la maison qu'ils avaient intitulée quartier général UJFP. Donc le Hamas venait au quartier général de l'Union Juive Française pour la paix à Gaza ».

Ces déclarations ont profondément alarmé Maître Annie Cohen, avocate de l'association Char : « Sarah Katz et Pierre Stambul se sentent dans une forme d'impunité totale, au point qu'ils n'ont pas peur d'affirmer qu'ils font des transferts de fonds à Gaza et reçoivent la visite de ministres d'une organisation terroriste ».

Une conférence détournée de son objet initial

Bien que présentée comme une discussion sur l'agriculture à Gaza, la conférence a rapidement dérivé vers des sujets politiques. Pierre Stambul a accusé les médias et politiques français d'avoir « une responsabilité majeure dans ce génocide ». Les intervenants ont longuement tenté d'expliquer « pourquoi, dans une foire bio, la question du colonialisme a toute sa place ».

La conférence s'est poursuivie avec une intervention en direct de Reva Viard, militant engagé contre l'A69, connecté depuis la flottille Madleen en route pour Gaza. Cette intervention, largement ovationnée, n'avait que peu de rapport avec l'agriculture biologique, confirmant les craintes exprimées par Maître Déborah Journo du collectif Actions Avocats dans un courrier d'alerte envoyé le 21 mai 2025.

Un contexte déjà sensible pour l'UJFP

Cette nouvelle enquête s'ajoute à un contentieux judiciaire déjà lourd pour l'association. L'UJFP avait publié le 7 octobre 2023 un communiqué intitulé « Ça suffit le concert des nations pro israélien ! Résister à un occupant est légitime ! », justifiant les attaques de cette date. Cette prise de position lui avait valu une plainte pour apologie du terrorisme, aboutissant à une perquisition au domicile du directeur de publication du site de l'UJFP à Dinard le 11 septembre 2025.

L'association a également pris fait et cause pour le prédicateur Elias d'Imzalène, condamné en décembre 2024 pour avoir appelé à « mener l'intifada » en France. Pierre Stambul avait par ailleurs hébergé Mariam Abou Daqqa, membre du Front populaire de libération de la Palestine (FPLP), juste avant son arrestation le 16 octobre 2023.

Conséquences financières et opaques connexions

Le Crédit Coopératif a fermé le compte bancaire de l'UJFP le 11 août 2025, une décision notifiée plusieurs mois à l'avance selon l'association. Dans un communiqué, l'UJFP affirme que cette fermeture n'a « aucun rapport avec l'enquête préliminaire » et dénonce « la complicité du système bancaire avec les génocidaires ».

L'enquête révèle également des connexions préoccupantes. L'UJFP mentionne comme correspondant à Gaza un certain Abu Amir, chargé des relations et des collectes de dons pour les agriculteurs gazaouis. Il s'agit en réalité d'Abu Amir Eleiwa, dirigeant de Humani'Terre, une association elle-même visée par une enquête pour financement du terrorisme, association de malfaiteurs terroristes criminelle et blanchiment aggravé.

Une position délicate pour les organisateurs

Cette affaire place les organisateurs de la foire Biocybèle dans une position délicate. Maître Déborah Journo avait pourtant alerté l'association Nature & Progrès − organisatrice de l'événement −, ainsi que le maire de Graulhet Blaise Aznar, le préfet et les conseils départementaux et régionaux. « Cette conférence est la preuve que l'UJFP ne venait pas parler d'agriculture mais de levées de fonds », explique l'avocate, rappelant que la foire bénéficie de subventions publiques.

Contactée par Le Point, l'UJFP se refuse à tout commentaire officiel, renvoyant vers son site internet qui « atteste de la réalité de l'utilisation des dons dans un contexte de génocide ». Officieusement, un membre de l'association justifie les liens avec le Hamas par la réalité du terrain à Gaza, où ce mouvement « tient tous les leviers de pouvoir ».

L'enquête préliminaire du parquet national antiterroriste se poursuit, tandis que les déclarations enregistrées à Graulhet continuent d'alimenter les interrogations sur les activités et les financements de l'Union juive française pour la paix.