Intoxications au cannabis : des bonbons au THC déguisés en CBD inquiètent en France
Cannabis : des bonbons au THC déguisés en CBD inquiètent

Intoxications au cannabis : des bonbons au THC déguisés en CBD inquiètent en France

Un adolescent de 17 ans, sans antécédents médicaux, consomme en novembre 2024 dans les Côtes-d'Armor un bonbon gélifié acheté dans un distributeur automatique, pensant ingérer du CBD. Quelques dizaines de minutes plus tard, il présente des palpitations, des sueurs, des vertiges et une attaque de panique. L'analyse du produit révèle une réalité alarmante : chaque gomme contient près de 30 mg de delta-9-tétrahydrocannabinol (THC), le principal cannabinoïde psychoactif du cannabis, tandis que le cannabidiol (CBD) n'est présent qu'à l'état de traces.

Un détournement réglementaire préoccupant

Le THC est un stupéfiant interdit à la vente et à la consommation récréative en France, contrairement au CBD, autorisé depuis 2022 avec une teneur en THC ne dépassant pas 0,3 %. Cependant, cette tolérance ne s'applique pas aux produits alimentaires, dont le statut reste strictement encadré. Pourtant, des "cannabis edibles" – des comestibles infusés au cannabis – circulent largement, souvent commercialisés illégalement comme du CBD. Dans le cas du lycéen, l'emballage portait la mention "gummies D9 30 mg", une indication technique opaque masquant la présence de THC à haute dose.

Cet épisode n'est pas isolé. Une étude publiée le 29 novembre 2025 dans la revue Thérapie rapporte cinq cas d'addictovigilance en Bretagne et Normandie, impliquant des personnes âgées de 17 à 49 ans. Tous ont consommé des produits présentés comme du CBD, mais contenant des quantités significatives de THC, entraînant des symptômes graves nécessitant parfois une prise en charge aux urgences. Les motivations variaient : recherche d'effets anxiolytiques, antalgiques ou simplement récréatifs.

Des doses massives et des risques sous-estimés

Les analyses quantitatives réalisées via le système SINTES montrent que chaque unité de bonbon contenait entre 18 et 30 mg de THC, dépassant très largement la dose aiguë de référence de l'Agence européenne de sécurité des aliments (EFSA), fixée à 1 µg par kilogramme de masse corporelle. Pour un adulte de 70 kg, cela correspond à 70 µg de THC, soit près de 500 fois moins que la teneur d'un seul "gummy". Ces doses élevées exposent à des intoxications aiguës, avec des manifestations cliniques incluant tachycardie, vertiges, angoisse aiguë, attaques de panique et déréalisation.

La voie orale n'est pas plus sûre que l'inhalation. En raison d'un délai d'apparition des effets pouvant atteindre 30 minutes, elle peut inciter à une consommation cumulative, augmentant le risque de complications psychiatriques et cardiovasculaires. Une étude de 2019 dans les Annals of Internal Medicine souligne que les effets des edibles sont plus lents et prolongés, avec une élimination pouvant prendre jusqu'à 12 heures.

Populations vulnérables et leçons internationales

Les données internationales, notamment du Canada et des États-Unis, alertent sur l'augmentation des intoxications chez les enfants et les personnes âgées suite à la légalisation des edibles. Au Canada, après l'autorisation des produits comestibles en 2020, le taux de recours aux urgences pour intoxication chez les seniors a triplé. Chez les enfants, les hospitalisations ont été multipliées par 7,5 dans certaines provinces, malgré un encadrement strict. Les accidents pédiatriques peuvent provoquer somnolence, vomissements, détresse respiratoire et convulsions.

En France, un cas rapporté en janvier 2026 dans les Archives de Pédiatrie concerne une fillette de 11 mois hospitalisée pour intoxication accidentelle au cannabis, nécessitant des soins intensifs. Ces incidents soulignent l'attrait visuel et gustatif des edibles, qui facilite les expositions accidentelles.

Appel à une vigilance renforcée

Les auteurs de l'étude dans Thérapie estiment que face à la banalisation des cannabis edibles et à l'absence de contrôle strict, une vigilance accrue est nécessaire. Ils préconisent une autorisation européenne préalable, conformément au règlement sur les novel foods, et une communication urgente sur les risques associés. En attendant des mesures réglementaires, la commercialisation illégale de ces produits, souvent dissimulés sous l'étiquette CBD, représente un défi majeur de santé publique.

Cette situation met en lumière les lacunes de la réglementation française et européenne, où les edibles échappent encore largement au radar des autorités. La consommation de ces produits n'est pas sans risque de complications graves, particulièrement pour les populations fragiles, nécessitant une action coordonnée pour protéger les consommateurs.