Crise profonde dans les écoles du Gard : enseignants en détresse et colère contre les fermetures de classes
Le département du Gard est plongé dans une crise éducative majeure, avec des enseignants signalant des cas de burn-out, d'arrêts maladie et de profonde résignation. Depuis trois mois, le Gard fait partie des vingt départements mobilisés au sein du comité national pour la défense de l'école publique, mouvement qui prend de l'ampleur face à ce que les syndicats qualifient de situation alarmante.
Mobilisations coordonnées devant les écoles gardoises
Ce mardi 10 juin, plusieurs rassemblements ont été organisés devant des établissements scolaires du Gard, notamment à Garons, Boisset-et-Gaujac, Redessan et Bouillargues. Ces actions coordonnées par le comité national de liaison des départements mobilisés ciblent spécifiquement les écoles publiques menacées par des fermetures de classe.
Les situations locales illustrent l'ampleur du problème :
- À Boisset-et-Gaujac, une classe ferme malgré des effectifs constants et l'arrivée prévue de huit élèves à besoins particuliers à la rentrée
- À Redessan, la suppression d'une classe intervient alors que douze inscriptions supplémentaires sont enregistrées
- À Bouillargues et Garons, les classes voient leurs effectifs exploser avec 30 à 32 élèves par classe
Un constat accablant dressé par les enseignants syndiqués
Lors d'un point presse à Nîmes, Jessica Zeidour et Jérémy Chaudanson, enseignants syndiqués au Snudi-FO chargés de tournées dans les écoles, ont dressé un tableau préoccupant de la profession. "Des enseignants souffrent, sont en burn-out, en arrêt maladie, certains résignés", ont-ils témoigné. "Ils se retrouvent tout seuls dans leur classe, acculés par des tâches administratives. Notre contrat de travail évolue sans cesse sans augmentation de salaire, sans moyens supplémentaires. Nos collègues vont très mal. L'énergie est mise au mauvais endroit !"
La carte scolaire au cœur des tensions
La colère ne retombe pas depuis la publication de la carte scolaire le 11 mars dernier par le Directeur académique des services de l'Éducation nationale. Ce document prévoit 47 fermetures de classes contre seulement 14 ouvertures dans le département, une décision rejetée unanimement par les acteurs éducatifs.
Adrien Héritier, représentant syndical, conteste l'argument du déclin démographique : "C'était justement une occasion pour avoir des moyens adaptés". Le Snudi-FO, allié à la FCPE qui représente les parents d'élèves, réclame davantage de moyens, notamment pour l'accueil des élèves en situation de handicap en milieu ordinaire, avec une attention particulière portée aux auxiliaires AESH.
Revendications et mobilisations à venir
Isabelle Chenou, du bureau du Snudi-FO, énumère les principales exigences :
- L'abandon des suppressions de classes
- Des postes d'enseignants en nombre suffisant
- Des AESH formés pour accompagner les élèves à besoins éducatifs particuliers
- La création de postes sociaux et médico-sociaux
Après avoir "sauvé" une classe à Branoux-les-Taillades grâce à la mobilisation, le mouvement ne compte pas s'arrêter. Une conférence des délégués de ce mouvement national est organisée ce mercredi à Paris, suivie d'un rassemblement sous les fenêtres du ministère de l'Éducation nationale.
Dans le Gard, une manifestation est envisagée le 23 juin à Nîmes dans le cadre des ajustements de la carte scolaire. Cinq jours avant, une mobilisation est prévue devant la direction départementale des services de l'Éducation nationale, rue Rouget de l'Isle, toujours à Nîmes, concernant spécifiquement l'école inclusive.
Des conséquences redoutées sur les enfants et la société
Les enseignants s'inquiètent des répercussions à long terme de cette situation. "Il y aura des dégâts sur les enfants, sur notre société", alertent-ils. "Les parents en prennent de plus en plus conscience, c'est pour ça qu'ils se mobilisent." Cette prise de conscience parentale explique en partie l'élargissement du mouvement de protestation au-delà du seul cercle enseignant.
Le Snudi-FO, qui regrette de ne pas être suivi par d'autres organisations syndicales, maintient la pression avec le soutien des parents et de certains élus locaux. La détermination des acteurs éducatifs gardois semble intacte face à ce qu'ils perçoivent comme une dégradation continue des conditions d'enseignement et d'apprentissage dans le département.



