Choc démographique scolaire : 1,7 million d'élèves en moins d'ici 2035, une opportunité manquée ?
Choc démographique scolaire : 1,7 million d'élèves en moins d'ici 2035

Un choc démographique qui bouleverse l'éducation française

C'est une transformation profonde qui s'annonce pour le système éducatif français. Selon les dernières projections du service statistique du ministère de l'Éducation nationale (Depp), les écoles, collèges et lycées vont perdre 14% de leurs effectifs d'ici 2035, soit 1,7 million d'élèves en moins. Cette évolution démographique majeure pose des questions fondamentales sur l'avenir de l'offre scolaire en France.

Le débat sur la réduction des effectifs par classe

Pour le ministre de l'Éducation nationale Édouard Geffray, cette baisse démographique impose de « repenser l'offre scolaire ». Mais derrière cette formulation technique, une interrogation cruciale émerge : cette diminution du nombre d'élèves permettra-t-elle enfin de créer des classes à effectifs réduits, ou sera-t-elle utilisée comme prétexte pour réaliser des économies budgétaires ?

Stéphane Bonnéry, professeur en sciences de l'éducation à l'Université Paris 8, exprime des réserves importantes. Il dénonce une « malhonnêteté intellectuelle » de l'exécutif et un « torticolis argumentatif » dans l'approche gouvernementale. « Ils ne regardent la démographie que d'un côté, uniquement quand elle baisse », critique-t-il.

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Un précédent inquiétant

Le chercheur rappelle un précédent significatif : entre 1999 et 2011, alors que le nombre de naissances augmentait fortement, l'État n'a pas procédé à des recrutements proportionnels d'enseignants, privilégiant déjà les économies de postes. Ainsi, les 60.000 professeurs recrutés sous le quinquennat de François Hollande ne faisaient que compenser partiellement les 80.000 postes supprimés par Nicolas Sarkozy juste avant.

« Ceux qui ont fait semblant de ne pas voir la hausse pendant dix ans sont illégitimes aujourd'hui pour utiliser l'argument démographique afin de supprimer des postes », affirme Stéphane Bonnéry. Pour lui, la baisse actuelle des effectifs scolaires représente surtout un « nouveau prétexte » pour réduire la dépense publique dans l'éducation.

La rentrée 2026 s'annonce tendue

Déjà, la rentrée scolaire de 2026 prévoit 4.000 suppressions de postes d'enseignants. Sophie Vénétitay, secrétaire générale du Snes-FSU, considère cette perspective comme un non-sens. Elle insiste auprès de l'AFP que ces projections démographiques « ne doivent pas servir d'alibi » à une programmation de suppressions de postes.

Pour la syndicaliste, on ne peut pas suivre « aveuglément la boussole démographique » alors que la profession enseignante se complexifie et que les besoins d'encadrement des élèves augmentent considérablement. La question fondamentale devient alors : et si, au lieu de supprimer des postes, on les maintenait pour enfin permettre aux salles de classe de respirer ?

L'opportunité de renouveler l'éducation

Aurélie Gagnier, secrétaire générale du SNUipp-FSU, défend ce scénario de « l'aubaine ». Elle estime que stabiliser les effectifs enseignants permettrait mécaniquement de « faire baisser le nombre d'élèves par classe ». Un avis partagé par Stéphane Bonnéry, qui y voit une opportunité de « renouveler totalement l'éducation » sans dépenser un euro de plus que le budget actuel.

Si la France maintenait le même nombre d'enseignants malgré la baisse des élèves, elle pourrait enfin s'aligner sur les standards de réussite des pays scandinaves, réputés pour leurs classes à effectifs réduits et leurs excellents résultats éducatifs.

Une occasion historique pour améliorer le système

« On a une occasion historique de faire mieux et ça ne coûtera pas beaucoup plus cher », affirme Stéphane Bonnéry. Son idée est simple mais ambitieuse : maintenir le nombre de professeurs pour passer à des classes moins nombreuses et libérer du temps pour la pédagogie.

Dans l'enseignement primaire, il imagine un système où des enseignants seraient présents trois jours et demi devant les élèves, relayés par d'autres professeurs, la journée restante étant dédiée à la préparation, à la correction et à la recherche pédagogique. Ce système permettrait d'avoir deux enseignants pour une même classe, améliorant considérablement l'encadrement des élèves.

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Relever le niveau et combattre les inégalités

L'enjeu est particulièrement crucial pour relever le niveau scolaire, notamment en matière de rédaction. « On ne fait plus écrire les élèves parce qu'on n'a plus le temps de corriger », s'alarme Stéphane Bonnéry. Entre la suppression du samedi matin en 2008 et la quasi-disparition des classes de toute petite section (2 ans), les élèves les plus fragiles auraient perdu l'équivalent de deux ans de scolarité avant même l'entrée au collège.

Pour le chercheur, cette baisse du nombre d'élèves représente le levier idéal pour « regagner ce temps scolaire » et remédier aux inégalités éducatives. « Le choix est simple : soit on réduit l'argent public, soit on le maintient pour faire une politique d'égalité », conclut-il, soulignant l'importance de cette décision pour l'avenir de l'éducation en France.