La révolte des enseignants de Béziers face à l'immobilisme ministériel
À Béziers, dans l'Hérault, la colère gronde au sein des collèges de La Dullague et Lucie-Aubrac. Les enseignants, regroupés sous la bannière "Les oubliés de l'éducation prioritaire", expriment une frustration profonde face au refus persistant du ministère de l'Éducation nationale de classer leurs établissements en réseau d'éducation prioritaire renforcé (REP+). Cette situation, qu'ils qualifient de "scandaleuse" sur le plan moral et éthique, perdure depuis huit ans, malgré des demandes répétées.
Une réponse ministérielle qui ulcère
Dans un courrier adressé à Roger Louis, président de l'association Familles de France, le ministre Édouard Geffray a justifié ce refus en invoquant des contraintes calendaires. "La réforme de la carte de l'éducation prioritaire prend 15 à 18 mois, ce qui n'est pas compatible avec les périodes de réserve du calendrier électoral de 2026 et 2027", a-t-il écrit. Une explication qui a mis le feu aux poudres chez les professeurs. "Mais ça fait 8 ans qu'on le demande !", rappellent-ils, amers. En guise de compensation, les deux collèges bénéficieront, à partir de la rentrée 2026, d'un pôle éducatif et médico-social avec un psychologue, un infirmier et une assistante sociale à temps plein, ainsi qu'une indemnité spéciale de 130 euros par mois et 120 points bonus de mutation pour les enseignants. "C'est très gentil de nous donner 130 euros par mois pour qu'on se taise et 120 points bonus pour qu'on parte, mais on préférerait de loin que nos élèves aient enfin droit à l'égalité des chances", commente une enseignante.
Des inégalités flagrantes révélées par une enquête approfondie
Pour étayer leur combat, les enseignants ont mené une enquête minutieuse sur les inégalités de traitement entre établissements au niveau national. Ils ont analysé environ 1 300 collèges en se basant sur plusieurs critères :
- L'Indice de position sociale (IPS)
- Le taux de boursiers
- La mixité sociale
- Le taux de réussite au Brevet
Des conséquences dramatiques pour les élèves
Les retombées de cette absence de classement sont palpables au quotidien. Les enseignants accueillent des élèves de sixième qui ne savent ni lire ni compter correctement, faute d'avoir bénéficié de classes dédoublées réservées aux REP+. "Alors si quelqu'un voulait faire son boulot, ces enfants auraient eu la chance d'apprendre à lire correctement", lance une professeure. Les chiffres parlent d'eux-mêmes : en 2024, le taux de réussite au Brevet du collège de La Dullague était de 57 %. "Cette année, on ne pense pas atteindre la moyenne, à moins d'un miracle", déplore-t-elle. Le collectif a remis ces données au rectorat, en insistant sur la nécessité d'agir. "Ils peuvent être vérifiés. J'ai envie de les hurler, de les placarder au ministère ! Il faut le courage de prendre des décisions qui pourront déplaire à certains. On nous demande de comprendre qu'il ne faut pas bousculer certaines communes. Mais tout ça ne doit pas se faire au prix de nos élèves. Ce sont de vrais humains, pas des chiffres, on est avec eux tous les jours…"
Malgré les promesses de moyens supplémentaires, la détermination des enseignants ne faiblit pas. Ils continuent de se battre pour que leurs élèves, souvent issus de milieux défavorisés, obtiennent enfin les mêmes chances de réussite que les autres. "À moyen constant, on doit switcher, c'est vital !", conclut le collectif, appelant à une révision urgente de la carte de l'éducation prioritaire.



