À quelques semaines du bac de philosophie, certains parents s’inquiètent pour leurs adolescents. Ils redoutent leur stress, leur manque de méthode, parfois leur difficulté à structurer une pensée. Mais si cette épreuve paraît aujourd’hui si difficile, c’est peut-être parce qu’elle demande précisément l’inverse de ce que les adolescents et adultes pratiquent quotidiennement sur les réseaux sociaux.
Une gymnastique de l’esprit à contre-courant
Car la philosophie suppose un effort mental, une gymnastique de l’esprit à contre-courant des usages de notre époque. Elle contraint l’esprit à emprunter précisément le chemin inverse de celui vers lequel notre monde numérique le pousse spontanément. Voilà pourquoi, à l'approche du bac, il peut être utile de rappeler quelques règles pour la direction de l’esprit, quelques distinctions essentielles, afin de résister aux réflexes de l’époque, mieux entrer dans la réflexion, et éviter les pièges que cette épreuve nous tend généralement.
L’argumentation plutôt que la disqualification
D’abord, rappelons qu’à la disqualification des réseaux, la philosophie préfère l’argumentation. Aujourd’hui, beaucoup pensent avoir répondu lorsqu’ils ont discrédité celui qui parle. On étiquette avant de raisonner. On soupçonne une identité, une intention, une appartenance politique ou morale au lieu de répondre aux idées elles-mêmes. Or l’épreuve de philosophie exige exactement l’inverse : un argument ne vaut jamais par celui qui le prononce mais par sa cohérence propre. On disserte au niveau des idées et jamais au niveau des identités.



