L'apprentissage des langues étrangères en France est en décalage avec les standards européens, selon une étude comparative publiée par le Conseil européen des langues. Alors que l'Union européenne vise un niveau B1 (utilisateur indépendant) dans une langue étrangère pour tous les élèves à la fin de la scolarité obligatoire, la France peine à atteindre cet objectif.
Un constat alarmant pour la France
L'étude révèle que seulement 20 % des élèves français maîtrisent l'anglais au niveau B1 à la fin du collège, contre 82 % en Suède, 75 % aux Pays-Bas et 70 % en Allemagne. Ce retard est particulièrement marqué dans les régions rurales et les établissements d'éducation prioritaire, où les résultats sont inférieurs à la moyenne nationale.
Selon le rapport, "la France investit moins dans la formation continue des enseignants de langues que la plupart des pays nordiques". Le ministère de l'Éducation nationale a alloué 1,2 milliard d'euros à l'enseignement des langues en 2023, soit 3 % du budget total de l'éducation, contre 6 % en Suède.
Les méthodes pédagogiques en question
L'étude pointe du doigt les méthodes d'enseignement traditionnelles, centrées sur la grammaire et la traduction, qui "ne favorisent pas l'expression orale et la compréhension auditive". En Finlande, les cours de langues sont dispensés en immersion dès l'âge de 7 ans, avec un accent sur la communication pratique. En France, l'âge moyen de début de l'anglais est de 6 ans, mais les cours sont souvent limités à deux heures par semaine.
Le rapport cite également l'exemple de l'Italie, où les élèves de 10 à 14 ans bénéficient de 4 heures de langue étrangère par semaine, contre 2 heures en France. "Les pays qui obtiennent les meilleurs résultats ont des programmes intensifs et des enseignants natifs ou bilingues", explique le document.
Des initiatives locales pour rattraper le retard
Face à ce constat, certaines académies françaises ont lancé des programmes pilotes. À Strasbourg, par exemple, 15 écoles primaires expérimentent depuis 2022 un enseignement bilingue franco-allemand, avec des résultats encourageants : 40 % des élèves atteignent le niveau A2 (utilisateur élémentaire) en fin de CM2, contre 15 % dans les écoles classiques.
Le ministère de l'Éducation nationale a annoncé un plan de 500 millions d'euros sur cinq ans pour renforcer l'apprentissage des langues, incluant la formation de 10 000 enseignants supplémentaires et le développement de séjours linguistiques gratuits pour les élèves de 4e. Toutefois, selon le syndicat des enseignants, "ces mesures restent insuffisantes face à l'ampleur du retard".
Comparaison internationale et perspectives
L'étude souligne que les pays les plus performants, comme la Suède et les Pays-Bas, intègrent l'anglais dans les matières non linguistiques (histoire, sciences) dès le primaire. En France, cette approche est encore marginale. Le rapport recommande de "généraliser l'enseignement des langues par le biais des disciplines" et d'augmenter le volume horaire à 4 heures par semaine dès le CE1.
En attendant, la France reste à la traîne dans les classements internationaux, avec un score moyen de 52 % au test de compétences en anglais pour les adultes, contre 68 % pour la moyenne de l'Union européenne. Selon le Conseil européen des langues, "sans réforme structurelle, la France risque de creuser encore l'écart avec ses voisins européens".



