Maëliss, 34 ans, professeure de yoga, témoigne dans Le Monde de sa réalité financière : 2 200 euros par mois. Un revenu qui, selon elle, ne reflète ni son investissement ni l'importance de sa profession. « Ce n'est pas parce que c'est du bien-être qu'on doit être payé au lance-pierre », lance-t-elle, résumant un sentiment partagé par de nombreux enseignants de disciplines holistiques.
Un parcours semé d'embûches
Installée à Lyon, Maëliss a dû cumuler plusieurs activités pour atteindre ce niveau de revenus. En plus de ses cours collectifs en studio, elle propose des séances privées, des ateliers en entreprise et des stages le week-end. Malgré ce volume de travail, son salaire mensuel reste modeste, surtout si l'on considère les charges et le temps de préparation non rémunéré.
« Je prépare chaque cours, je me forme en continu, je fais ma compta moi-même. Beaucoup de gens pensent que c'est un hobby, mais c'est un vrai métier », explique-t-elle. Elle souligne également l'absence de statut clair : la plupart des professeurs de yoga sont auto-entrepreneurs, sans protection sociale complète ni mutuelle d'entreprise.
Un secteur en plein essor mais mal rémunéré
Le yoga attire pourtant de plus en plus de pratiquants. Selon une enquête récente, le nombre de professeurs a augmenté de 30 % en cinq ans en France. Cette croissance ne s'accompagne pas d'une revalorisation des tarifs. Les cours collectifs sont souvent facturés entre 12 et 20 euros, dont le professeur ne perçoit qu'une partie, le reste revenant au studio.
« Les studios prennent parfois 50 % du prix du cours. Pour vivre, il faut soit augmenter ses tarifs, soit multiplier les cours, ce qui épuise physiquement et vocalement », détaille Maëliss. Elle ajoute que la concurrence est rude, avec des offres de cours en ligne à bas prix qui tirent les prix vers le bas.
La difficile quête de reconnaissance
Au-delà de l'aspect financier, Maëliss dénonce un manque de reconnaissance sociale. « On nous voit comme des gens qui font des postures, mais on est aussi des accompagnants. On aide à gérer le stress, à prévenir les blessures, à améliorer la santé mentale. C'est un travail de santé publique, mais on n'est pas considérés comme des professionnels de santé. »
Cette absence de reconnaissance se traduit dans les politiques publiques. Les cours de yoga ne sont pas remboursés par la Sécurité sociale, et les professeurs ne peuvent pas bénéficier de formations continues financées par l'État. « On doit tout payer de notre poche, et on n'a pas accès aux mêmes droits que les autres professions libérales », regrette-t-elle.
Des pistes pour améliorer la situation
Pour Maëliss, des solutions existent. Elle propose notamment la création d'un statut spécifique pour les professeurs de yoga, avec une convention collective et des tarifs minimums. Elle plaide aussi pour une meilleure intégration dans le système de santé, via des prescriptions médicales de yoga thérapeutique.
« Il y a de plus en plus d'études scientifiques qui montrent les bienfaits du yoga sur la santé. Si on veut que ce soit accessible à tous, il faut que les professeurs soient correctement rémunérés. Sinon, seuls les riches pourront en profiter. »
En attendant, Maëliss continue d'exercer avec passion, mais elle alerte les futurs professeurs : « Il faut être conscient que c'est un métier difficile financièrement. On ne devient pas riche, mais on peut vivre si on est prêt à se battre. »
Un appel à la solidarité
Elle appelle également les pratiquants à soutenir leurs professeurs en acceptant des tarifs plus élevés et en privilégiant les cours en présentiel. « Chaque euro compte. Si vous aimez votre prof, montrez-le en payant le juste prix. »
Cette prise de parole s'inscrit dans un mouvement plus large de valorisation des métiers du bien-être, souvent relégués au second plan dans le débat public. Maëliss espère que son témoignage contribuera à changer les mentalités et à ouvrir le dialogue.



