Dans la vallée de l'Hérault, les eaux traitées de la cave coopérative Clochers et terroirs de Puilacher vont être réutilisées par l'Association Syndicale Autorisée (ASA) de Plaissan pour l'irrigation des cultures. Cet apport pourrait représenter une économie d'eau de près de 10 % des volumes utilisables par l'ASA. L'initiative illustre le potentiel du recyclage de l'eau dans un contexte de tension sur la ressource.
Un projet long à concrétiser
Olivier Plut, directeur de la cave, explique que le projet a pris près d'un exercice de retard, "principalement, en raison des lourdeurs administratives. La démarche est très vertueuse, mais je ne pensais pas que le reusage de l'eau pour de l'irrigation allait rencontrer autant d'obstacles, que cela allait être un tel chemin de croix." Les normes en la matière se sont pourtant assouplies.
Le process devrait être en fonction d'ici quelques semaines. Olivier Plut est convaincu qu'à moyen terme, la rareté de l'eau va impliquer un maximum de reuse, mais il estime que "nous n'avons pas encore tous conscience de cela".
Des volumes significatifs
La cave va produire 200 000 hectolitres cette année et consomme en moyenne entre 15 000 et 18 000 m³ d'eau par an, soit l'équivalent de sept piscines olympiques. Cette eau est aujourd'hui rejetée à l'issue du processus de filtration, mais une grande partie devrait bientôt bénéficier à l'ASA de Plaissan.
Le processus de traitement comprend un dégrillage, une aération, une oxygénation, et deux filtres plantés de roseaux en série. L'eau traitée est ensuite stockée dans une lagune de finition de 13 000 m³, où elle attend d'être utilisée par l'ASA. Une convention permet également aux hommes du SDIS 34 de pomper de l'eau brute dans cette lagune pour la lutte contre les incendies.
Des économies et des projets
Le process permettra à l'ASA d'économiser "quasiment 10 % de sa consommation annuelle", selon Olivier Plut. Il ajoute : "Si tout le monde pouvait réduire sa consommation de 10 %, ce serait énorme. Chez nous, ce sera en place l'année prochaine."
La cave étudie également la possibilité de réutiliser l'eau pour le lavage extérieur ou le prélavage de cuves, qui seraient ensuite rincées par de l'eau réseau. Cette installation coûte encore près de 800 000 €. "Sans subventions on ne peut y aller seul, nous espérons des aides", précise le directeur. 2,30 M€ ont déjà été investis dans le projet.
Actuellement, deux aérateurs sont tombés en panne, ce qui perturbe le fonctionnement de la station. Olivier Plut s'en excuse : "Nous en sommes sincèrement désolés pour les riverains. Nous en sommes les premières victimes, les réparations sont très onéreuses, la logistique est lourde."
Un retard français
La France peine encore à atteindre 1 % de reuse, loin derrière Israël (80 %), la Namibie, Singapour (30 % de l'approvisionnement) ou l'Espagne (14,5 %). Ce projet dans l'Hérault constitue un exemple concret de réutilisation de l'eau dans un contexte agricole, encore trop rare en France.