Samedi matin, les passants du quartier de Montmartre à Paris ont découvert le buste de Dalida, situé place Dalida, recouvert d’une épaisse couche de peinture noire. L’œuvre, qui représente la chanteuse italo-française les seins nus, avait déjà été régulièrement critiquée pour son caractère hypersexualisé. L’action a été revendiquée par un collectif féministe anonyme, qui explique vouloir dénoncer la réduction du corps des femmes à des objets de désir.
Une action symbolique et revendiquée
Dans un communiqué envoyé à l’AFP, le collectif, baptisé « Les Insoumises », affirme avoir agi « pour rendre visible l’invisible : la violence de l’hypersexualisation quotidienne ». La peinture noire a été choisie « pour effacer ce qui est imposé comme un attribut féminin naturel, alors qu’il s’agit d’une construction sociale ». Selon le groupe, le choix de Dalida n’est pas anodin : « Dalida, icône populaire, a elle-même subi une pression constante sur son image. Son buste nu perpétue ce que nous combattons. »
Un débat récurrent sur l’art et le sexisme
Cette statue en bronze, réalisée par le sculpteur Alain Aslan en 1997, représente Dalida les bras levés, les seins découverts, dans une pose souvent jugée provocante. Si certains la considèrent comme un hommage à la liberté de la chanteuse, de nombreuses voix s’étaient déjà élevées contre ce qu’elles estiment être une objectification. En 2021, une pétition avait recueilli plus de 12 000 signatures pour demander le retrait de la statue, sans succès.
Quelles suites pour ce geste ?
La mairie du 18e arrondissement a condamné l’acte, parlant de « dégradation d’une œuvre d’art ». Une plainte a été déposée, et les services de nettoyage devraient intervenir dans les prochains jours. De leur côté, les activistes assument pleinement : « Nous ne détruisons pas, nous questionnons. Le vrai vandalisme, c’est de réduire les femmes à leur corps. » Ils promettent d’autres actions si la statue n’est pas repensée ou accompagnée d’un texte critique.
Un mouvement plus large contre l’hypersexualisation
Cette action s’inscrit dans une série de protestations récentes. En mars, une statue de Marianne avait été habillée d’un t-shirt blanc sur la place de la République. Des collectifs appellent aujourd’hui à un « réveil des monuments » et à une réflexion sur la place des femmes dans l’espace public. Dalida, morte en 1987, reste une figure ambiguë : victime et icône d’une époque où le corps des femmes était monnayé. Le buste noirci devient ainsi le symbole d’une colère qui ne s’efface pas à l’eau de javel.



