Bordeaux rallume intégralement ses rues nocturnes
Conformément à l'engagement pris par le nouveau maire Thomas Cazenave, toutes les rues de Bordeaux seront allumées toute la nuit à partir de ce jeudi 16 avril. Cette décision marque un tournant par rapport à la politique d'extinction partielle mise en place par l'ancienne municipalité écologiste.
Une promesse électorale rapidement mise en œuvre
Rallumer toutes les rues de Bordeaux toute la nuit constituait l'une des promesses phares de la campagne de Thomas Cazenave. Le nouveau maire a confirmé cette mesure lors de son point presse sur les cent premiers jours de son mandat, seulement vingt jours après sa prise de fonction.
« C'était un souhait de restaurateurs, d'artisans, de jeunes ou de femmes et un engagement que nous tenons », confirme Véronique Juramy, l'adjointe au maire chargée de la transition écologique et de l'éclairage public.
La fin du système « Bordeaux nuit étoilée »
Sous la mandature précédente de Pierre Hurmic, la municipalité écologiste avait mis en place en février 2024 l'opération « Bordeaux nuit étoilée ». Ce système éteignait 57% des lampadaires et autres sources lumineuses entre 1 heure et 5 heures du matin, dans un souci de sobriété énergétique.
Face au mécontentement populaire exprimé notamment lors d'un conseil de quartier à l'hôtel de ville le 8 janvier 2025, l'équipe précédente avait déjà revu son dispositif. La lumière n'était alors éteinte qu'après 2h30, avec le maintien de l'éclairage toute la nuit sur les grands axes de la ville.
Un processus technique plus complexe qu'attendu
Contrairement à ce qu'en plaisantait Thomas Cazenave lors du débat d'entre-deux-tours sur TV7, le processus de réactivation complète s'est avéré techniquement complexe. « Nous avons dû changer les réglages de 350 des 500 armoires électriques – beaucoup sont souterraines – qui pilotent les 32 000 points lumineux de la ville », détaille Patrick Malischewski, responsable du service de l'éclairage public et des équipements connectés.
La manipulation nécessitait une simple clé USB connectée au tableau électrique pour adapter les heures d'éclairage, en fonction des heures de lever et de coucher du soleil. Pour les armoires électriques « déphasées » – celles qui devaient piloter à la fois des rues éteintes et d'autres allumées toute la nuit – une intervention plus lourde a parfois été nécessaire.
L'impact énergétique et la compensation par les LED
Le retour à un éclairage nocturne complet représente une augmentation de 17% de la consommation électrique de la ville selon Véronique Juramy. Thomas Cazenave a cependant expliqué que cette hausse serait compensée, à terme et en grande partie, par les économies effectuées grâce au passage aux ampoules LED, moins gourmandes en énergie.
« La consommation sera rentabilisée en trois ans, en accélérant le passage au LED », précise l'adjointe au maire. Le nouveau maire a annoncé le 9 avril la multiplication par trois du rythme de remplacements, passant de 700 à 2 000 par an.
Un calendrier accéléré pour la transition LED
En réalité, ce rythme de croisière avait déjà été atteint en 2026. Pour l'accélérer encore, la Ville devra faire appel à des entreprises extérieures et donc mobiliser des moyens supplémentaires. La nouvelle municipalité estime pouvoir atteindre la mise aux nouvelles normes en 2032 contre 2036 selon le précédent plan.
« Nous devons entreprendre un travail de fond pour mettre à jour le schéma directeur de l'éclairage public (qui date de 1996) », explique Véronique Juramy. Techniquement, cette mise à jour s'avère plus fastidieuse que le simple réglage d'une armoire électrique.
Les défis techniques et environnementaux
Patrick Malischewski souligne que la transition vers les LED nécessite presque du cas par cas : « Parfois, il faut installer un plateau à l'intérieur pour le LED, d'autres fois, il faut changer le haut du lampadaire. »
Pour répondre à l'interdiction de commercialisation des lampes à décharge à partir de février 2027, la solution dite du « retro fit » – qui adapte les nouvelles ampoules aux anciens systèmes – pourra être utilisée. Des solutions de modulation de l'éclairage selon les endroits de la ville, à distance, continuent d'être à l'étude.
La question de la biodiversité
L'éclairage nocturne pose également la question du respect de la biodiversité. L'arrêté du 27 décembre 2018 relatif à la prévention, à la réduction et à la limitation des nuisances lumineuses en application des lois Grenelle 1 et 2 en pose les normes, comme l'interdiction d'utiliser de la lumière bleue, d'éclairer l'eau ou les parterres végétaux.
Cette dimension environnementale constitue un chantier de long terme pour la municipalité, qui devra concilier sécurité, attractivité nocturne et préservation de l'environnement.



