Comment le Var est devenu un haut lieu du tourisme estival
Comment le Var est devenu un haut lieu du tourisme estival

L’exposition « Des séjours hivernaux aux vacances estivales », présentée aux Archives départementales du Var jusqu’au 25 septembre, retrace plus de deux siècles d’histoire touristique. Elle révèle comment un département longtemps fréquenté seulement par une clientèle hivernale et fortunée est devenu, en quelques décennies, une référence mondiale du tourisme estival.

Hyères, berceau de la villégiature hivernale

Le récit commence à Hyères, à la fin du XVIIIe siècle. C’est là qu’apparaissent les premiers séjours hivernaux, avant de gagner progressivement le reste du Var au cours du XIXe siècle. Il ne s’agit encore ni de tourisme de masse, ni de vacances au sens moderne. Une clientèle aisée et aristocratique s’installe pour l’hiver, attirée par la douceur du climat méditerranéen et par les vertus thérapeutiques qu’on lui prête, en particulier contre les maladies pulmonaires.

Les établissements d’hydrothérapie jouent un rôle clé dans cette attirance. L’hôpital marin de San Salvadour, notamment, accueille des patients venus d’Angleterre, de Russie mais aussi de Paris. Pour ces citadins habitués à des environnements de plus en plus pollués par l’industrie, les bords de la Méditerranée représentent une vraie cure. Le prestige de la destination s’accroît encore après le séjour de la reine Victoria en 1892, qui impose Hyères et le littoral varois dans l’imaginaire de la clientèle britannique.

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Le rail et les palaces dopent la fréquentation

L’arrivée de la ligne du PLM au XIXe siècle change la donne. Hyères et le littoral varois deviennent accessibles depuis Paris, ce qui facilite l’installation d’une clientèle hivernante toujours plus nombreuse. Une partie de ces visiteurs achète des villas et revient chaque saison d’hiver. Les autres se contentent d’abord d’hôtels modestes, avant que l’hôtellerie de luxe ne décolle à partir des années 1850-1860.

Cette période voit apparaître des établissements prestigieux comme le Grand Hôtel des Îles d’Or, construit en 1850, puis le Golf Hôtel, en 1905. Autour d’eux se développent casinos, jardins et terrains de golf, un sport particulièrement apprécié de la clientèle anglaise. L’ensemble forme une station à la carte complète, pensée pour occuper les loisirs de la bonne société pendant les mois d’hiver.

À cette époque, la plage et la baignade ne sont pas encore associées à l’été. Elles s’intègrent surtout aux cures d’hydrothérapie hivernales. L’été, au contraire, on cherche à éviter le soleil, jugé mauvais pour la santé. Il faudra attendre l’entre-deux-guerres pour voir ces habitudes s’inverser.

Après 1918, l’été remplace l’hiver

Le basculement s’amorce après la Première Guerre mondiale. Les séjours d’hiver se transforment peu à peu en vacances d’été. Des figures comme Coco Chanel ou F. Scott Fitzgerald contribuent à réhabiliter le bronzage, longtemps associé aux classes populaires et aux travaux en plein air. Le teint hâlé devient un signe d’élégance et de modernité. Dès lors, le soleil attire pour lui-même et la baignade devient un loisir.

Dans les années 1950, le mouvement s’accélère avec le succès du bikini et l’image de Brigitte Bardot. Le tournage d’« Et Dieu… créa la femme » en 1956 fait de Saint-Tropez une destination emblématique de la Côte d’Azur. Pourtant, à la fin du XIXe siècle, Saint-Tropez n’était qu’un modeste port de pêche. Son destin bascule avec l’arrivée du peintre Paul Signac en 1892. Séduit par le village, il s’y installe et y attire de nombreux artistes. Autour de lui se constitue le « groupe de Saint-Tropez », actif jusqu’en 1914, qui fait connaître le petit port et prépare son essor touristique.

Congés payés et camping : le tourisme se démocratise

Le tourisme populaire naît véritablement en 1936, lorsque la Chambre des députés adopte la loi sur les deux semaines de congés payés pour tous les salariés. Les familles modestes peuvent enfin envisager de longues vacances et découvrir la mer. Mais les séjours de luxe restent chers. Le camping apparaît alors comme une solution économique pour échapper au coût de l’hébergement. Il commence avec de simples tentes, puis se développe avec les caravanes dans les années 1960.

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Cette culture du camping marque l’arrivée du premier tourisme de masse dans le Var. Un tourisme plus populaire, moins aisé, plus nombreux, et aussi international, puisque les congés payés se généralisent dans toute l’Europe. La pratique s’amplifie dans les années 1950-1960 grâce à la démocratisation de l’automobile, à la croissance économique des Trente Glorieuses et à l’augmentation du nombre de jours de congé.

La route nationale 7 devient à cette période l’itinéraire emblématique des vacanciers. Elle mène non seulement vers la mer, mais aussi vers l’arrière-pays, notamment les Gorges du Verdon. Ainsi, en l’espace de deux siècles, le tourisme varois passe d’un privilège réservé à une élite à un phénomène populaire et massif, tel qu’on le connaît aujourd’hui.

L’exposition est visible jusqu’au 25 septembre aux Archives départementales du Var, à Draguignan. L’entrée est libre.