La reconstruction des ouvrages détruits par les tempêtes Alex (2020) et Aline (2023) piétine à Saint-Martin-Vésubie, selon un rapport définitif de la chambre régionale des comptes (CRC) rendu public en août 2026. Les magistrats pointent des blocages administratifs et une progression des chantiers plus lente que prévu, malgré une trésorerie communale confortable de 5 millions d’euros.
Un territoire vulnérable, des dégâts majeurs
Dans son rapport, la CRC rappelle la configuration géographique de la commune, « située au cœur du parc national du Mercantour, dans un environnement propice au tourisme et aux activités sportives », qui la rend « particulièrement vulnérable aux risques de crue torrentielle ». Les deux crues, Alex et, dans une moindre mesure, Aline, ont eu des « conséquences majeures sur la population et le territoire » : elles ont « significativement modifié les rives des torrents et détruit de nombreux bâtiments et infrastructures ».
La CRC a informé de ses investigations en février 2025 l’ancien maire Ivan Mottet et son prédécesseur Henri Giuge. Le rapport d’observations provisoire a été transmis en octobre 2025, puis le rapport définitif arrêté en janvier dernier avant d’être publié ce mois d’août.
Des blocages administratifs et une trésorerie qui gonfle
Les magistrats estiment que la réponse de la Métropole Nice-Côte d’Azur n’a pas été à la hauteur du défi. « En raison de ses moyens limités, elle [la commune] a eu recours à une assistance à maîtrise d’ouvrage externe [la Métropole] pour réaliser les travaux de reconstruction nécessaires. Cependant, ces travaux n’ont pas progressé comme prévu », assurent-ils. Le blocage était en grande partie administratif : la reconstruction des équipements structurants est suspendue à la révision des documents d’urbanisme, une procédure dont le calendrier échappait à la municipalité, et qui dépend elle-même du confortement préalable des berges.
La tempête Aline, trois ans après Alex, a également endommagé des travaux tout juste commencés, forçant la Métropole à mettre en pause plusieurs chantiers d’infrastructures hydrauliques et de transport. Sur le plan financier, le retard des chantiers a fait gonfler la trésorerie communale : alimentée par les indemnités d’assurance, les dons et les subventions publiques, elle atteignait 5 millions d’euros en 2024. Faute de pouvoir réaliser les investissements prévus, la municipalité a placé une partie de ces fonds : 1,57 million d’euros ont été bloqués sur un compte à terme rémunéré, dans l’attente du démarrage effectif des travaux.
Des préconisations pour l’avenir
Dans ses conclusions, la CRC demande que le plan communal de sauvegarde, qui fixe les réflexes et l’organisation en cas de catastrophe naturelle, ne reste pas un simple document théorique. Elle souhaite que la commune le mette à jour à la lumière des « retours d’expérience », en prenant en compte ce qui a fonctionné ou pas pendant Alex et Aline, afin de réagir rapidement en cas de nouvelle catastrophe. Sur le plan comptable, la CRC réclame une mise à jour de l’« inventaire physique » des biens communaux, car des ponts, routes et bâtiments détruits par Alex figurent encore dans le registre. Cette étape de transparence est jugée obligatoire pour piloter efficacement les finances.
Des chantiers relancés depuis le rapport
Depuis la remise du rapport, la situation a évolué. En juin, le nouveau président de la Métropole, Éric Ciotti, a annoncé le lancement de « gros chantiers » entre le village et le Boréon, concernant des ouvrages détruits par Alex dont les reconstructions n’ont pas tenu. Le pont Deloutre, espéré fin 2028, entre dans une phase d’études pour déterminer son emplacement. Les ponts de Venanson et Maïssa font l’objet de travaux incluant un volet de végétalisation, pour une inauguration fin 2027. Le réaménagement des pourtours du lac du Boréon, démarré le 1er juin, vise un retour à une double voie de circulation pour l’été 2027. Enfin, la première section de la route de la Madone doit rouvrir d’ici fin 2026.



