L'abstention française à l'ONU sur l'esclavage vivement critiquée par les élus ultramarins
Abstention France ONU esclavage critiquée par élus outre-mer

Une abstention française à l'ONU qui suscite l'incompréhension outre-mer

L'Assemblée générale des Nations unies a adopté, mercredi 25 mars 2026, une résolution historique reconnaissant l'esclavage et la traite transatlantique comme « le plus grave crime contre l'humanité ». Ce texte, soutenu par l'Union africaine et présenté par le Ghana, a été voté par 123 pays, avec 3 contre (États-Unis, Israël, Argentine) et 52 abstentions, dont celles de la France, du Royaume-Uni et des autres États membres de l'Union européenne.

Les réactions indignées des élus ultramarins

L'abstention de la France a immédiatement provoqué une vague de critiques de la part de parlementaires originaires des territoires d'outre-mer. Béatrice Bellay, députée PS de la Martinique, a dénoncé dans un communiqué « un signal profondément incompréhensible », rappelant que la France avait pourtant été le premier pays à reconnaître l'esclavage comme crime contre l'humanité grâce à la loi Taubira de 2001.

De son côté, Christian Baptiste, député apparenté socialiste de Guadeloupe, a qualifié cette position de « recul », soulignant que la résolution, bien que non contraignante juridiquement, constitue « un acte politique et mémoriel majeur » pour ouvrir un dialogue international sur les conséquences durables de l'esclavage.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Une faute morale et politique selon les critiques

Le sénateur guadeloupéen Victorin Lurel, ancien ministre des Outre-mer, a adressé une lettre ouverte au président Emmanuel Macron pour déplorer « une faute morale, historique, diplomatique et politique ». Il estime que cette abstention contribue à ternir l'image de la France et à fragiliser les efforts de réconciliation mémorielle avec les anciennes colonies.

Le Mouvement de décolonisation et d'émancipation sociale de Guyane, représenté par le député Jean-Victor Castor, a également condamné cette décision, affirmant que « l'esclavage n'est pas seulement un crime du passé » car ses conséquences structurent encore les inégalités actuelles.

Les arguments des opposants à la résolution

Les pays qui se sont abstenus, dont la France, justifient leur position en arguant que la résolution risque de mettre en compétition les crimes contre l'humanité. Sylvain Fournel, membre de la représentation française à l'ONU, a expliqué que ce texte « risque de mettre en concurrence des tragédies historiques qu'il n'y a pas lieu de comparer », tout en plaidant pour refuser l'oubli.

L'appel de la Fondation pour la mémoire de l'esclavage

La Fondation pour la mémoire de l'esclavage (FME), sans critiquer directement l'abstention, a appelé la France à agir en réponse à cette résolution. Elle souligne que « chaque crime contre l'humanité est singulier » mais que tous portent la même atteinte à l'humanité. La FME encourage la France, forte de son rôle pionnier depuis 2001, à prendre l'initiative d'organiser une réponse aux attentes de justice et de vérité exprimées à l'ONU.

Cette affaire révèle ainsi des tensions persistantes autour de la mémoire de l'esclavage et des relations entre la France et ses territoires ultramarins, dans un contexte international où la reconnaissance des crimes historiques reste un enjeu diplomatique sensible.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale