La fourmi électrique menace-t-elle l'Occitanie après son implantation dans le Var ?
Fourmi électrique : menace pour l'Occitanie après le Var ?

La fourmi électrique, une menace invasive venue du Var

Après avoir établi plusieurs foyers dans le département du Var, la fourmi électrique, Wasmania auropunctata de son nom scientifique, pourrait-elle prochainement coloniser la région Occitanie ? Cette interrogation préoccupe les experts et les autorités, alors que cet insecte minuscule, mesurant à peine un millimètre, représente un danger significatif tant pour la santé humaine que pour l'équilibre des écosystèmes locaux.

Une alerte lancée par les spécialistes

Luc Gomel, ingénieur agronome montpelliérain et myrmécologue, est l'un des experts missionnés pour organiser la lutte contre cette espèce invasive. Il travaille en collaboration étroite avec Olivier Blight, chercheur à l'Institut méditerranéen de biodiversité et d'écologie de l'université d'Avignon. "Si on ne parvient pas à éliminer rapidement les trois foyers varois, elle pourrait s'installer dans la région", avertit Luc Gomel sans ambages. Cette hypothèse inquiétante dépend largement des conditions climatiques, en pleine mutation, car il s'agit d'une fourmi originaire des zones tropicales humides.

Découverte fortuite et propagation silencieuse

Tout a commencé en 2022 à Toulon, où un étudiant passionné d'entomologie a donné l'alerte "par hasard", alors que des habitants signalaient depuis des années des piqûres d'insectes extrêmement douloureuses et parfois allergisantes. Les investigations ont permis d'identifier la fourmi électrique, jusqu'alors inconnue en France mais déjà présente en Espagne, à Chypre et en Israël. "On l'a repérée assez tôt, heureusement", se félicite Luc Gomel, soulignant l'importance d'une détection précoce.

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Trois foyers sont désormais officiellement recensés dans le Var : à Toulon, à La Croix-Valmer sur la presqu'île de Saint-Tropez, et plus récemment à Cavalaire. Cette fourmi, dont la couleur varie du jaune au rouge, possède une particularité génétique étonnante : les spécimens varois sont des clones de ceux de Chypre et d'Israël. Elle se propage discrètement, souvent via le transfert de déchets végétaux ou de plantes, et sa piqûre, décrite comme un mélange entre une piqûre d'abeille et une brûlure d'ortie, provoque des démangeaisons intenses pouvant durer jusqu'à trois heures, avec des risques de chocs anaphylactiques.

Un combat urgent pour la santé et l'environnement

Luc Gomel insiste sur la nécessité d'une action rapide et déterminée. "C'est une prédatrice qui déséquilibre les écosystèmes", explique-t-il, précisant qu'elle s'attaque aux espèces autochtones et perturbe les activités agricoles, notamment le maraîchage et l'arboriculture. Classée parmi les 100 pires espèces invasives au monde par l'Inrae, sa présence rend la vie infernale sur les terrains colonisés.

Face à cette urgence, une campagne de traitement insecticide est programmée pour le mois de mai à Toulon, avec un coût estimé à 194 000 euros. Cette stratégie, qui remplace une tentative infructueuse d'appâts en 2025, consiste en un saupoudrage mensuel sur quatre mois, adapté au cycle de l'insecte qui "garde la mémoire du danger pendant deux à trois semaines". Le réseau environnemental Fredon, conseillé par Luc Gomel, est chargé de la mise en œuvre, mais doit composer avec des lourdeurs administratives et des restrictions budgétaires qui ralentissent la réponse.

Un risque pour l'Occitanie encore incertain

La question d'une possible expansion vers l'Occitanie reste ouverte. Luc Gomel nuance : "Le climat méditerranéen ne lui convient pas très bien, il y a un doute sur le fait qu'elle pourrait s'installer en zone de garrigue". Cependant, l'espèce a déjà démontré sa capacité d'adaptation à Chypre et en Israël. Des facteurs comme la nature des sols, l'orientation sud des terrains et les pentes raides pourraient favoriser son implantation, le Roussillon étant potentiellement plus exposé que le Languedoc.

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Malgré ces éléments, l'expert reste prudent : "Il est impossible de pronostiquer quoi que ce soit, c'est de la science-fiction, sachant qu'on n'a que quatre ans de recul sur ce qui se passe". La réglementation européenne impose pourtant des mesures de détection précoce et d'éradication rapide pour les espèces exotiques envahissantes, soulignant l'importance d'une mobilisation coordonnée et financée.

En attendant, la sensibilisation des habitants et la surveillance accrue des zones à risque demeurent essentielles pour contenir cette menace invisible mais bien réelle, dont l'impact pourrait s'étendre bien au-delà des frontières du Var si les efforts d'éradication échouent.