L'avenir du ski face au réchauffement climatique : faut-il encore l'apprendre aux enfants ?
« J’ai appris à skier avant de marcher » : cette phrase, souvent utilisée pour frimer, est familière aux natifs de la montagne. Pendant des décennies, les vacances à la montagne ont été synonymes de glisse, avec des journées entières passées sur les pistes en ski ou en snowboard. Cependant, cette tradition vacille aujourd'hui face aux défis climatiques.
Un enneigement de plus en plus incertain
Les hivers raccourcissent, la neige devient capricieuse, et certaines petites stations ferment leurs portes. Selon Météo-France, la durée moyenne d'enneigement dans les Alpes a diminué d'environ un mois en cinquante ans, principalement à basse et moyenne altitude, sous les 2 000 mètres. Cette évolution est directement liée à la hausse des températures, qui rend les hivers de plus en plus irréguliers.
Frédéric Cabot, nivologue et prévisionniste pour Météo-France, explique : « Avec le réchauffement climatique, la limite d'enneigement remonte. Aujourd'hui, il peut pleuvoir dans toutes les stations de France à n'importe quel moment de l'année. » Chaque degré supplémentaire de réchauffement réduit d'un mois environ la durée d'enneigement à ces altitudes, créant une grande hétérogénéité d'une année à l'autre.
Le ski reste un socle malgré les défis
Malgré ces prévisions alarmantes, l'apprentissage du ski conserve une place centrale dans les séjours à la montagne. Xavier Perrier Michon, directeur de l'École du ski français de l'Alpe d'Huez, affirme : « Bien sûr qu'il faut encore apprendre à skier aux enfants. C'est primordial. Même si les saisons se raccourcissent, il y aura toujours des moments pour glisser, et le sourire des enfants en témoigne. »
Pour lui, cette pratique dépasse le simple sport : « Apprendre à skier, c'est apprendre à évoluer dans un milieu, à respecter des règles, à gagner en autonomie et à prendre confiance. » Du côté des acteurs touristiques, le Club Med maintient la glisse au cœur de son offre, avec des cours intégrés dès quatre ans, soulignant que le ski reste une colonne vertébrale de l'expérience montagne.
Des offres qui s'élargissent pour s'adapter
Face aux aléas climatiques, les stations diversifient leurs activités. Clotilde Lamorlette, responsable produit Montagne au Club Med, note : « Le ski n'est plus l'unique réponse, car les familles ne construisent plus des séjours 100 % axés sur les pistes. » En parallèle, des activités comme le yoga parents-enfants, les sorties nature, les raquettes et les jeux collectifs sont proposées pour découvrir la montagne sous différents angles.
L'ESF a également développé des programmes comme « Mon Aventure Montagne », centré sur la faune, la flore et l'environnement, indépendamment de la présence de neige. Pour anticiper les mauvaises conditions, le Club Med a mis en place un dispositif de « sérénité neige », permettant aux familles d'être relogées dans des resorts mieux enneigés si nécessaire.
Une transmission qui évolue
La question n'est donc plus seulement de savoir s'il faut apprendre le ski aux enfants, mais ce que l'on cherche à leur transmettre à travers la montagne. Xavier Perrier Michon conclut : « Quand on apprend à skier, on développe des qualités comme la confiance et l'autonomie. Avec ces nouvelles offres, l'objectif est de développer les mêmes qualités par d'autres biais. » Ainsi, la montagne continue d'offrir des expériences enrichissantes, même si la neige se fait plus rare.