Jeunes racisés : braver l'hostilité pour découvrir la montagne
Jeunes racisés : braver l'hostilité en montagne

Malgré les regards suspicieux et les remarques déplacées, des jeunes racisés s'engagent de plus en plus nombreux dans la découverte de la montagne, un univers longtemps perçu comme réservé à une certaine population. Ils bravent l'hostilité ambiante pour s'approprier ces espaces naturels et revendiquer leur place dans les sports de montagne.

Une passion née malgré les obstacles

Pour beaucoup de ces jeunes, l'attrait pour la montagne est né d'une envie d'évasion et de dépassement de soi. Pourtant, leur parcours est semé d'embûches, à commencer par les préjugés. « On me demandait souvent si j'étais perdu ou si je cherchais quelqu'un », raconte Yacine, 22 ans, originaire de Seine-Saint-Denis, lors d'une sortie en raquettes dans le massif du Mont-Blanc. Ces micro-agressions, parfois plus franches, rappellent que la montagne n'est pas toujours accueillante pour ceux qui ne correspondent pas aux clichés.

Les statistiques confirment cette réalité : une enquête récente montre que moins de 5 % des pratiquants réguliers de sports de montagne en France sont issus de l'immigration, un chiffre qui contraste avec la diversité de la population nationale. Face à ce constat, des associations et collectifs locaux tentent d'inverser la tendance en proposant des sorties encadrées et accessibles financièrement.

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Des initiatives pour ouvrir les sommets

À Chamonix, le collectif « Montagne pour tous » organise depuis deux ans des week-ends d'initiation à l'alpinisme et à la randonnée pour des jeunes de quartiers populaires. « L'objectif est de briser les barrières culturelles et sociales qui éloignent ces publics de la montagne », explique sa fondatrice, Marie-Anne Lefebvre. Les participants sont encadrés par des guides bénévoles et bénéficient d'un équipement prêté.

Ces actions portent leurs fruits. Selon l'association, 80 % des participants poursuivent une activité en montagne après le programme, et certains s'engagent même dans des formations professionnelles, comme le brevet d'État d'accompagnateur en moyenne montagne. « C'est une manière de montrer que la montagne n'appartient à personne, mais qu'elle est à tout le monde », ajoute Yacine, qui envisage désormais de devenir guide.

Un combat contre les stéréotypes

Au-delà de l'aspect sportif, cette conquête de la montagne est aussi un combat symbolique contre les stéréotypes raciaux. Les jeunes racisés qui s'aventurent sur les sentiers doivent souvent faire face à des remarques sur leurs origines ou leur légitimité. « On me demande si je suis ici pour travailler ou pour skier », témoigne une jeune femme d'origine maghrébine, rencontrée lors d'une sortie dans les Pyrénées. Ces expériences, bien que douloureuses, renforcent leur détermination.

Les réseaux sociaux jouent un rôle clé dans cette dynamique. Des comptes Instagram et des groupes Facebook, animés par des passionnés, partagent leurs aventures et créent une communauté solidaire. Ces espaces permettent de mutualiser les conseils pratiques, mais aussi de dénoncer les discriminations vécues sur le terrain.

Un avenir plus inclusif pour la montagne

Si le chemin reste long, les mentalités évoluent lentement. Les stations de ski et les offices de tourisme commencent à s'emparer du sujet, en formant leur personnel à l'accueil de tous les publics et en diversifiant leurs campagnes de communication. Des partenariats avec des associations de quartiers se multiplient, facilitant l'accès aux infrastructures.

Pour les jeunes racisés, l'enjeu est double : se réapproprier un espace naturel d'exception et faire tomber les barrières invisibles qui les en éloignent. Comme le résume Marie-Anne Lefebvre : « La montagne est un formidable vecteur d'intégration et d'émancipation, à condition qu'elle soit réellement ouverte à tous. » Une conviction que partagent de plus en plus de participants, qui espèrent que les prochaines générations n'auront plus à subir ces regards hostiles.

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