L'Assemblée nationale adopte la vidéosurveillance algorithmique dans les commerces
Vidéosurveillance algorithmique adoptée pour les commerces

L'Assemblée nationale valide l'expérimentation de la vidéosurveillance algorithmique dans les commerces

Lundi, l'Assemblée nationale a adopté en première lecture une proposition de loi autorisant à titre expérimental la vidéosurveillance algorithmique dans les commerces de détail, les grandes surfaces et les centres commerciaux jusqu'en 2027. Le texte, porté par le député Renaissance Paul Midy et soutenu par le gouvernement, a été approuvé par 60 voix contre 13. Selon l'élu, cette technologie est déjà utilisée par « 2.000 à 3.000 commerces » à travers le pays.

Comment fonctionne cette technologie controversée ?

La vidéosurveillance algorithmique (VSA) « est un système qui vise à automatiser le traitement d'images de caméras de surveillance », comme le définit Amnesty International. Concrètement, un logiciel est ajouté aux caméras existantes, permettant d'analyser les images en temps réel grâce à des algorithmes sophistiqués. « L'idée est de détecter automatiquement ce qu'on pourrait qualifier d'anormalités de fonctionnement, de présence ou de comportement », précise Dominique Legrand, président et fondateur de l'Association nationale de la vidéoprotection (AN2V).

Une expérimentation aux contours encore flous

La loi doit encore passer par le Sénat pour être définitivement adoptée. « Pour l'instant rien n'est écrit : il n'y a aucun décret, ni arrêté technique pour répondre à la question du fonctionnement. C'est une expérimentation », rappelle Dominique Legrand, qui ne peut que formuler des hypothèses sur les applications pratiques. « L'idée serait de trouver des mécanismes qui peuvent aider à déterminer les causes de la démarque connue, le produit est abîmé, et inconnue, le produit a disparu », poursuit-il.

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De nombreuses questions techniques restent en suspens : la caméra peut-elle signaler lorsqu'un produit n'apparaît plus en rayon ? Comment réagir lorsqu'une personne cache un produit sous son manteau après avoir regardé autour d'elle ? Une fois le signal émis, combien d'agents de sécurité faut-il envoyer ? « Au sein de l'AN2V, on recense 204 possibilités d'usage algorithmique sur une caméra, du départ de feu à une personne qui reste au sol », explique le fondateur, qui privilégie le terme de « R2A » : remontée automatique d'alerte.

Les risques de dérives pointés par l'opposition et les associations

Les députés de gauche dénoncent une « dérive extrêmement préoccupante », avec un cadre « contraire à un certain nombre de libertés fondamentales ». Collecte de données personnelles, atteinte du droit à la vie privée, autocensure des comportements, risque de stigmatisation de certains groupes... Les critiques sont nombreuses. Dans un article publié avant les Jeux Olympiques de Paris, durant lesquels la VSA était expérimentée, Amnesty International s'alarme également des risques potentiels.

« Qui va définir ce qui est la norme ? Une personne en situation de handicap, avec une manière de se déplacer ou une gestuelle différente va-t-elle être détectée par l'algorithme comme une personne ayant un comportement anormal ? », s'interroge Katia Roux, spécialiste technologies et droits humains à Amnesty International France.

L'AN2V défend une approche « à la française »

L'Association nationale de la vidéoprotection prône de son côté une algorithmique « légère et proportionnée ». « On n'est pas en Chine, mais on n'est pas non plus chez les Bisounours. Dans certains commerces, la situation devient insupportable », souligne Dominique Legrand. « On ne peut pas mettre agent de sécurité tous les deux mètres dans un supermarché, donc il faut automatiser. Le tout est de le faire à la française, avec un cadre réglementaire strict et des garde-fous éthiques. »

Le débat promet de se poursuivre au Sénat, où le texte sera examiné dans les prochaines semaines. Les sénateurs devront notamment se prononcer sur les garanties à mettre en place pour préserver les libertés individuelles tout en permettant aux commerçants de lutter efficacement contre la démarque inconnue et les vols.

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