São Paulo défend son système de surveillance massif à l’efficacité contestée
São Paulo défend son système de surveillance contesté

La municipalité de São Paulo, au Brésil, met en avant son vaste réseau de vidéosurveillance, l'un des plus importants au monde, comme un outil clé de la lutte contre la criminalité. Pourtant, l'efficacité réelle de ce système massif est vivement contestée par des experts et des associations de défense des droits civiques. Selon un article du journal Le Monde, la ville compte 42 000 caméras, soit une pour 286 habitants, un ratio qui dépasse celui de Londres, pourtant réputée pour sa densité de caméras.

Un système de surveillance massif et coûteux

Le système de surveillance de São Paulo, baptisé « Muralha Digital » (Mur numérique), a été lancé en 2017 par le maire de l'époque, João Doria. Il a coûté 1,2 milliard de reais (environ 200 millions d'euros) pour son installation et son fonctionnement. Les caméras sont installées dans les points stratégiques de la ville, notamment les entrées et sorties, les zones commerciales et les quartiers sensibles. Le système est géré par la police municipale et permet de lire les plaques d'immatriculation et de reconnaître les visages.

Les autorités municipales affirment que le système a permis de réduire la criminalité de 30 % à 40 % dans les zones couvertes. Cependant, ces chiffres sont contestés. Selon une étude de l'Université de São Paulo (USP), la baisse de la criminalité dans la ville serait due à d'autres facteurs, comme la baisse de la population carcérale ou les changements démographiques.

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Une efficacité contestée par les experts

Pour Rafael Alcadipani, professeur de sciences politiques à l'USP, le système de surveillance est « un outil de marketing politique » plutôt qu'un instrument de sécurité publique. Il souligne que les études montrent que la vidéosurveillance n'a qu'un effet marginal sur la criminalité, et que son efficacité est souvent surestimée. Selon lui, « le système de São Paulo est un exemple de solution technologique qui ne s'attaque pas aux causes profondes de la criminalité, comme les inégalités sociales ou le manque d'opportunités économiques ».

L'association de défense des droits civiques « Conectas Direitos Humanos » a également critiqué le système, pointant du doigt les risques d'atteinte à la vie privée et de discrimination. Selon l'association, le système de reconnaissance faciale est particulièrement problématique, car il est souvent moins précis pour les personnes noires et les femmes, ce qui pourrait entraîner des erreurs judiciaires.

Un bilan mitigé et des questions sur l'avenir

Malgré ces critiques, la municipalité de São Paulo continue d'étendre son système de surveillance. En 2025, elle a annoncé l'installation de 10 000 nouvelles caméras, portant le total à 52 000 d'ici 2027. Cette expansion est justifiée par la volonté de renforcer la sécurité dans les zones les plus vulnérables.

Le débat sur l'efficacité du système de surveillance de São Paulo reflète des questions plus larges sur l'équilibre entre sécurité et libertés publiques. Alors que la ville continue d'investir massivement dans la technologie, les critiques appellent à une évaluation indépendante de son impact réel sur la criminalité. La question centrale reste de savoir si ces investissements produisent des résultats tangibles ou s'ils ne servent qu'à rassurer une population inquiète.

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