La Police Judiciaire désignée chef de file contre le crime organisé, la gendarmerie mise à l'écart
Police chef de file contre crime organisé, gendarmerie mise à l'écart

La Police Judiciaire prend le lead dans la lutte contre le crime organisé

Dans le cadre de la guerre d'influence qui oppose traditionnellement la police et la gendarmerie, la première vient de remporter une victoire symbolique significative. Le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, s'est déplacé ce jeudi à Marseille, ville tristement célèbre pour ses règlements de comptes entre réseaux criminels, pour dévoiler son nouveau plan d'action contre le crime organisé. Ce dispositif stratégique place désormais la Direction nationale de la police judiciaire (DNPJ) en première ligne de la bataille contre le narcotrafic et les organisations criminelles structurées.

Une circulaire ministérielle qui redéfinit les priorités

Le plan détaillé dans une circulaire de dix pages, datée du 25 mars et consultée par 20 Minutes, qualifie la criminalité organisée de « menace stratégique pour la sécurité nationale ». Laurent Nuñez y souligne la « puissance financière » et l'« internationalisation » de ces réseaux, ainsi que leur capacité à déstabiliser les fonctions régaliennes de l'État. Il pointe particulièrement la « violence de haute intensité » des trafiquants, l'exploitation systématique de personnes vulnérables, notamment des mineurs, et les tentatives répétées de corruption ou d'intimidation des institutions.

La mission centrale de la Police Judiciaire

La mission confiée à la PJ est claire : piloter et coordonner l'ensemble des actions menées par les autres services impliqués, dont la gendarmerie et la douane. Ces derniers devront désormais « faire remonter leurs informations » à la police judiciaire pour permettre un ciblage plus efficace des groupes criminels organisés. Le ministre a fixé plusieurs priorités opérationnelles :

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram
  • Identifier et couper les routes d'approvisionnement en stupéfiants
  • Établir une liste partagée des objectifs prioritaires à neutraliser
  • Mettre fin à la poursuite des activités criminelles depuis les établissements pénitentiaires

Des réactions contrastées au sein des forces de l'ordre

Du côté de la gendarmerie, cette mise en retrait relative fait grincer des dents, d'autant que les militaires se sont illustrés récemment avec l'opération Octopus. Cette vaste opération, lancée le 10 mars dans les Bouches-du-Rhône, le Var, le Vaucluse et le Gard, a mobilisé près de 900 personnels et conduit à l'interpellation d'une quarantaine d'individus, dont vingt-six ont été mis en examen. « De toute façon, les magistrats sont souverains et choisissent de saisir un service de police ou de gendarmerie en fonction de leurs besoins », tempère une source proche du dossier, minimisant l'impact de cette nouvelle organisation sur le travail quotidien des enquêteurs de la gendarmerie.

La police justifie sa position de leader

Une source policière défend cette décision en rappelant que « la police judiciaire traite la grande majorité des affaires de crime organisé, tandis que les gendarmes n'en ont que 20 à 25 % ». Elle estime donc logique que la PJ soit désignée chef de file sur ce sujet sensible. « C'est une mesure logique, ce n'est que la suite de ce qui existait déjà. Le ministre remet simplement l'église au milieu du village », ajoute-t-elle, reconnaissant que cette réorganisation « embête un peu » les gendarmes qui devront se plier à de nouvelles procédures.

Une décision politique aux arrière-pensées stratégiques

Une autre source policière analyse cette consécration de la PJ comme le résultat d'une « lutte d'influence qui se joue à d'autres niveaux ». Elle évoque les plaintes des commissaires concernant la réforme de 2024, qui avait renforcé le rôle des préfets, et suggère qu'un lobbying intense a été mené auprès de Laurent Nuñez pour mettre un terme à ce « déclassement » perçu. Ce fonctionnaire exprime cependant des doutes sur « l'efficacité » réelle de ce « concept de chef de filât » dans la lutte concrète contre le crime organisé.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale