Visite de Nuñez à Nice: 30 renforts policiers promis après la fusillade des Moulins
Nuñez à Nice: 30 policiers promis après la fusillade

Au pied du bâtiment 38, celui-là même où un incendie criminel a décimé une famille innocente le 18 juillet 2024, Abdou regarde passer la cohorte des élus, policiers et journalistes qui escortent le ministre de l'Intérieur. « On est content de le voir. C'est un bon signal. Il pense à nous », sourit cet habitant des Moulins, 46 ans, dont vingt passés ici. De quoi annoncer des lendemains meilleurs ? « On espère bien. On voit que les policiers surveillent le quartier. Ça nous rassure un peu… » Dans ce quartier de reconquête républicaine de l'ouest niçois, d'autres habitants se montrent plus critiques. Trop de drames, trop de morts.

Une visite sous tension

Ce jeudi à Nice, Laurent Nuñez est venu féliciter les policiers pour leur action, notamment après la fusillade meurtrière du 11 mai dernier aux Moulins (deux morts, six blessés). Mais face aux caméras, le premier flic de France se voit obligé de marteler : « Je ne peux pas laisser dire que l'État est débordé ! L'État n'a pas terminé son combat. On gagne des batailles. » Cette guerre, on l'aura compris, est celle du narcotrafic, bien au-delà des Moulins et de Nice. Sitôt arrivé, le ministre participe à un état des lieux de la lutte contre ce fléau, au Palais des Rois Sardes, avec les représentants des forces de sécurité intérieure. Il terminera sa visite en décorant les policiers qui se sont illustrés le 11 mai.

Quartier bouclé et aseptisé

Entretemps, Laurent Nuñez aura donc sillonné les Moulins, du 38 rue de la Santoline à la place des Amaryllis, d'un drame à l'autre. Un quartier bouclé, aseptisé pour l'occasion. Pas un « chouf » en vue, mais beaucoup de bleu pour quadriller les rues. Le ministre marque un arrêt au centre loisirs jeunesse (CLJ). Victimes, personnels scolaires, commerçants et partenaires associatifs l'y attendent. De brefs échanges s'ensuivent, ponctués d'un « merci pour votre engagement ». « Pour nous, c'est énorme d'être mis en avant devant le ministre de l'Intérieur », témoigne Philippe, 53 ans, ce major de police a troqué l'uniforme pour un survêtement d'animateur au CLJ. « On fait parfois un travail de l'ombre, avec d'autres associations. Mais c'est un maillage vraiment essentiel. On casse un peu cette distance avec les jeunes du quartier. » Mélissa Crisanto, coordinatrice du dispositif Rebond de l'association Adam, salue cette marque de considération. « Les habitants ne voient pas le financement de dispositifs autour de la prévention de la délinquance. Et la visite du ministre de l'Intérieur sur le terrain, c'est tout de suite visible. Cela montre qu'il y a de l'intérêt pour le quartier, que les besoins des habitants sont entendus par les pouvoirs publics. »

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Le frère d'Adisson : « Qu'est-ce qu'on fait pour ses enfants ? »

Olivio ne partage pas cet avis. Son frère, Adisson Da Veiga, a été tué, avec Ahmed Nhacha, lors de la fusillade devant le Palais sucré. « Mon frère n'est pas un trafiquant, Ahmed non plus », rappelle Olivio. Selon lui, « il n'y a pas eu de suivi psychologique. Rien n'a été fait par la ville de Nice. Il y a les mots, mais pas les actes. » Le maire de Nice, Éric Ciotti, s'inscrit en faux contre ses propos. Mais Olivio insiste. Laurent Nuñez tente d'abréger l'échange. Mais le jeune homme endeuillé ne lâche rien. « Maintenant, l'essentiel c'est : qu'est-ce qu'on fait ? Pour ses enfants ? Pour ces familles ? » Le ministre conclut, sur un ton conciliant : « On est là pour s'occuper des trafiquants. On y est tous les jours. Pour l'ensemble des familles. Et pour les vôtres. »

Une mère de famille témoigne

L'étape suivante conduit Laurent Nuñez place des Amaryllis, au poste de police municipale, inauguré le 18 mai. Une mère de famille « à mi-temps » s'approche, dans l'espoir de l'interpeller. Sa fille n'habite plus chez elle, traumatisée par une précédente fusillade. « J'ai peur que ma fille pense que je l'ai abandonnée… » En pleurs, cette mère surmonte sa peur des représailles. Elle ne peut plus se taire. Les dealers, assure-t-elle, ont déjà incendié sa voiture à deux reprises. La police ? « Elle est absente quand on les appelle. Donc je n'appelle même plus. »

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30 policiers supplémentaires

Alors oui, il y a bien ce poste de police municipale, désormais. « Nous étions contents de l'avoir. Mais ça ferme à 19 h. À quoi ça sert s'ils ferment le soir ? », s'interrogent Saïd et Nabil, deux pères de famille inquiets pour la sécurité de leurs enfants. « Oui, il y a des gens qui souffrent du trafic. Mais, petit à petit, nous allons continuer à l'endiguer. Le narcotrafic n'est pas une fatalité. On ne peut pas toujours tenir ce discours défaitiste ! », s'insurge Laurent Nuñez. Le ministre annonce trente renforts policiers à Nice : dix sont sortis d'école de police, dix autres suivront, dix enquêteurs également. De quoi inspirer une « satisfaction modérée et vigilante » à Éric Ciotti. « Ce n'est pas la première fois qu'on nous annonce des effectifs supplémentaires. Nous verrons bien… » Le maire de Nice, quant à lui, plaide pour un « quoi qu'il en coûte sécuritaire » et des moyens bien plus conséquents pour une « guerre généralisée ».

« J'aurais été un mort de plus »

Cette guerre, Khalil, 24 ans, en est une victime. Il observe la visite ministérielle, regard las et bras gauche plâtré. Le 11 mai, il a reçu deux balles dans le coude. « Quand je l'ai vu sortir son arme face à moi, j'étais tétanisé. Il a tiré en rafales. J'ai mis mon bras devant mon visage, sans quoi j'aurais pris deux balles dans la tête. Et j'aurais été un mort de plus. » Khalil admet avoir fait « des bêtises » quand il était mineur, y compris du trafic de stupéfiants. Depuis sa majorité, il assure être un simple consommateur. Cette fusillade, « c'était un attentat », à ses yeux. « Et on se dit que ça peut tirer à tout moment. » Le ministre met le cap vers le commissariat voisin. Les habitants se dispersent. « J'espère que ça va changer, qu'on va retrouver les Moulins d'avant », positive une quinquagénaire. Elle invite les élus « à être à l'écoute, avant que les drames n'arrivent ».

Vaste coup de filet entre Nice et Marseille

En déplacement à Nice hier, le ministre de l'Intérieur aura eu l'occasion d'y vérifier que la lutte contre le narcotrafic ne s'arrête jamais. Douze personnes sont entendues en garde à vue depuis mardi à la caserne Auvare, dans le cadre d'une enquête pour trafic de stupéfiants. Les interpellations ont été menées entre Nice-Est, Cagnes-sur-Mer et Marseille. Elles sont le fruit d'une enquête menée depuis mars dernier par la brigade des stupéfiants du service local de police judiciaire (SLPJ) et pilotée par le parquet de Nice. La police a procédé à de premières perquisitions le 20 mai, boulevard Louis-Braille. « Dans un premier appartement, un fusil d'assaut type Famas, un fusil avec crosse repliable et des munitions calibre 5,56 mm étaient saisis. Dans un second appartement, du matériel de conditionnement de produits stupéfiants était découvert », détaille dans un communiqué le procureur de la République de Nice Damien Martinelli. La pêche était loin d'être finie. Mardi dernier, nouvelles perquisitions à Nice-Est, entre la rue Fenoglio-de-Briga, le boulevard Pasteur et le quartier de l'Ariane. Dans les filets policiers : un pistolet automatique Glock et un chargeur du même type, une cinquantaine de munitions de calibre 9 mm, une quarantaine de calibre 380 auto, une grenade à plâtre, une machette, un mortier explosif, plus d'un kilo de résine de cannabis, de la cocaïne et plus de 20 000 euros en espèces.

La moitié des suspects originaires de Marseille

Près de 80 policiers, dont l'antenne niçoise du RAID, ont été mobilisés pour l'occasion. Ils ont interpellé douze hommes âgés de 21 à 39 ans (quatre sont originaires de Nice, six de Marseille, un vient de Rouen et un de Rosny-sous-Bois), ainsi qu'une Niçoise de 33 ans. Deux des Marseillais ont déjà été condamnés pour trafic de stupéfiants. « Si certains mis en cause reconnaissaient une part d'implication dans les faits de trafic de stupéfiants, d'autres contestaient totalement », indique le procureur de Nice. Une information judiciaire sera ouverte ce vendredi des chefs de « trafic de stupéfiants », « détention d'armes et munitions de catégorie A et B », « association de malfaiteurs en vue de la commission de faits punis de 10 ans d'emprisonnement » et « refus de remettre aux autorités judiciaires la convention secrète de déchiffrement d'un moyen de cryptologie ». Huit des douze suspects seront déférés ce vendredi. « Des réquisitions de détention provisoire seront prises », annonce le procureur Martinelli. Cette affaire pourra éclairer un peu plus les enquêteurs sur les ponts bâtis par les « narcos » entre la cité phocéenne et la capitale azuréenne, en particulier certains quartiers Est gangrénés par le narcotrafic.