Quatre personnes sont mortes noyées sur les côtes girondines depuis avril, dont deux dimanche 24 mai. Un terrible bilan qui interroge la présence des secours : seulement cinq communes disposent d'au moins une zone surveillée durant cette avant-saison.
Un week-end meurtrier
Sur la côte girondine, l'avant-saison affiche déjà un terrible bilan sur le front des noyades. Deux personnes sont mortes dimanche 24 mai, sur les plages l'Horizon et Super Sud, respectivement à Lège-Cap-Ferret et Lacanau. Le cumul des risques était maximum : des températures estivales qui ont dopé la fréquentation sur un long week-end, couplé à une alerte aux baïnes jusqu'au lundi 25 mai. Les deux victimes se sont noyées dans des zones qui n'étaient pas surveillées, à l'instar de deux autres victimes enregistrées au début des vacances de Pâques, à Lacanau et Arcachon. Dans les zones surveillées, l'activité des secouristes a été très soutenue.
Un début de saison qui rappelle 2022
Ce début de saison fait penser au terrible mois de mai 2022, où quatre personnes s'étaient noyées. Inévitablement, c'est la question de l'extension de la surveillance durant l'avant-saison qui resurgit. D'autant que le dérèglement climatique promet des épisodes de chaleur aussi précoces qu'intenses.
Surveillance limitée à cinq communes
En Gironde, la préfecture indique que cinq communes disposent - en ce week-end du 23/25 mai - d'une surveillance sur au moins une plage. Côté océan, Lacanau a ouvert trois zones sur quatre. Vendays-Montalivet fait figure de bon élève dans le département, en ouvrant trois secteurs à la surveillance. Hourtin et Carcans surveillent également leur côte. Lège-Cap-Ferret a activé vendredi son dispositif de secouristes bénévoles, actif uniquement sur la plage du Grand Crohot.
Mais, ailleurs sur le littoral girondin, il faudra attendre juin pour voir les sauveteurs sortir les jumelles. Soulac va démarrer sa saison de surveillance le 5 juin, sur la plage centrale. À La Teste-de-Buch, la surveillance va démarrer par la Salie Nord et le Petit Nice le 20 juin. Idem pour Arcachon, où il faudra attendre le 15 juin. Un calendrier en ordre très dispersé qui s'explique par le fait que la surveillance des plages incombe aux maires.
Le maire de Lacanau s'insurge
« Nous commençons à en avoir marre d'être montrés du doigt », fulmine Laurent Peyrondet, maire de Lacanau et président du Syndicat à vocation unique (Sivu) pour la surveillance des plages et des lacs du littoral girondin. « On nous a fait ces "plans plage". Le Département finançait, et cela nous aidait à étendre la surveillance. Aujourd'hui, il y a toujours des milliers de véhicules qui viennent dans nos stations, mais nous sommes désormais les seuls à payer. On ferme nos plages ? Les gens iront à la plage à Bordeaux Lac ? Il faut être sérieux ! »
Lacanau débourse annuellement 700 000 euros pour ses sauveteurs. « Nous faisons beaucoup d'efforts mais on ne pourra pas continuer puisque nos recettes diminuent et on nous impose de plus en plus de frais », grince le maire, qui imagine déjà partir à la pêche aux nouveaux fonds. Son regard se tourne vers le stationnement, alors que les 2 000 places du parking Super Sud sont gratuites. « On va mettre des barrières pour faire payer l'accès. Cela ne sera pas très cher. Mais c'est ce que je proposerai aux maires du littoral girondin. On ne peut pas accueillir tout le monde sans aucune recette touristique. »
La réponse de la préfète
Laurent Peyrondet souligne que sur les 55 sauveteurs présents à Lacanau durant la saison, seulement cinq sont des MNS, donc payés sur les deniers étatiques. « Ce n'est pas une compétence de l'État, rappelle la préfète Sophie Brocas, qui a récemment pris son poste en Gironde. Nous faisons déjà un effort. » Elle cite la présence des 40 MNS/CRS sur le littoral girondin en juillet/août et le prépositionnement de Dragon 33 sur le littoral, dès l'avant-saison. L'hélicoptère de la Sécurité civile, qui embarque à son bord un médecin urgentiste, est devenu un maillon essentiel du secours côtier. « Nous avons également renforcé les moyens nautiques dans six casernes de pompiers à Vendays-Montalivet, Lacanau, Le Porge, Lège-Cap-Ferret, Arcachon et le Pyla, ajoute Sophie Brocas. Il s'agit de pompiers qui, une fois qu'ils sont appelés, peuvent intervenir à l'aide d'un jetski. »
Risque zéro inexistant
La préfète précise qu'elle va « appeler Laurent Peyrondet afin d'organiser une réunion rapidement. Nous allons voir comment nous pouvons améliorer les choses sur cette avant-saison, ou s'organiser différemment durant certains week-end. » Une invitation assortie d'une précaution : « il faut discuter, mais ce n'est pas forcément l'État qui va payer. »
De son côté, le référent national Maîtres-Nageurs Sauveteurs (MNS)-CRS au syndicat Unsa Cyril Lambert se souvient que « par le passé, des MNS-CRS étaient détachés durant des week-end pendant l'avant-saison. Cela a été abandonné pour des raisons d'effectifs opérationnels dans les compagnies. » Il propose de réactiver cette solution, qui pourrait être déclenchée lorsque le beau temps décuple l'affluence.
Tous les connaisseurs du sujet préviennent toutefois que le risque zéro n'existe pas. « Le problème ne se limite pas à ouvrir des postes de secours, estime Laurent Peyrondet. C'est dramatique, mais on ne pourra jamais empêcher les noyades de personnes qui ne se sont pas informées des risques baïnes et se baignent hors surveillance. Heureusement, dans ces zones, il y a souvent des surfeurs à l'eau qui nous rendent beaucoup de services. »
Vers une coopération élargie ?
Le maire de Lacanau et président du Syndicat qui rassemble les communes sur le sujet de la surveillance des plages appelle à une « politique globale à l'échelle de la Gironde. » Laurent Peyrondet ne mâche pas ses mots concernant Bordeaux Métropole, « qui nous a longtemps méprisés, venant nous chercher quand elle avait besoin de nous. » Du côté de la nouvelle majorité de droite et du centre, on porte le Pacte girondin présenté par le maire de Bordeaux et président de la Métropole Thomas Cazenave. « Il s'agit d'un partenariat multilatéral avec les intercommunalités, présente le maire de Pessac et vice-président aux coopérations Franck Raynal. Il doit étudier les sujets d'intérêts communs, et les flux touristiques en font partie. Il ne faut pas que la Métropole soit considérée comme un îlot qui capte la richesse et se désintéresse de tous les territoires alentour. »



