Les critiques fusent à l'encontre du dispositif de sécurité déployé lors du gala de la presse à Washington, où un homme armé est parvenu à ouvrir le feu. Samedi 25 avril 2026, le dîner annuel des correspondants de la Maison Blanche au Washington Hilton a basculé dans le chaos lorsqu'un individu armé a forcé le périmètre de sécurité. Cole Tomas Allen, 31 ans, a pu s'approcher suffisamment pour ouvrir le feu, blessant un agent du Secret Service avant d'être neutralisé. Si les autorités américaines saluent une « réussite sécuritaire », une partie des experts et observateurs pointe du doigt des failles inquiétantes dans le dispositif.
« Nous ne pouvons pas fouiller chaque pièce »
Face à la polémique, l'administration Trump et le Secret Service ont adopté une position unanime. Pour Todd Blanche, procureur général par intérim, l'incident est loin d'être un échec. « Au contraire, c'était un succès massif. Le suspect a à peine franchi le périmètre », a-t-il affirmé sur CNN et dans le New York Times.
Ce sentiment est partagé par le Secret Service, qui assure via son directeur adjoint Matthew Quinn que la « multitude de mesures de riposte » a permis de neutraliser l'assaillant in extremis avant qu'il ne pénètre dans la salle de bal où se trouvaient le président et des centaines de journalistes. Donald Trump lui-même a salué le travail de ses agents, qualifiant son équipe de « formidable ». Jeffrey James, ancien agent du Secret Service interrogé par la BBC, abonde dans ce sens : « nous ne pouvons pas fouiller chaque pièce simplement parce que le président doit s'y rendre », explique-t-il, soulignant la difficulté de sécuriser un bâtiment aussi vaste que le Hilton.
« Absolument pas au niveau »
Pourtant, cette version ne convainc pas tout le monde. Christian Prouteau, fondateur du GIGN et du GSPR, est formel sur BFMTV-RMC : la sécurité n'était « absolument pas au niveau ». Pour lui, les forces présentes ont été « complètement surprises ». Il déplore une absence de réactivité flagrante, soulignant qu'au moment où l'agresseur a forcé le passage, les agents tournaient le dos à la menace, focalisés sur des contrôles moins prioritaires.
Un autre angle d'attaque concerne le statut même de l'événement. Le Washington Post révèle que le dîner n'avait pas reçu la désignation de « National Special Security Event » (NSSE), qui aurait permis de mobiliser les ressources fédérales les plus lourdes, alors même que la quasi-totalité de la ligne de succession présidentielle était présente. Cette absence de protocole renforcé est jugée troublante au regard des écrits laissés par le suspect, qui s'étonnait de la « laxité » du dispositif.
Une réunion d'urgence pour réévaluer les protocoles
Paul Eckloff, ancien membre de la garde rapprochée de Donald Trump, tempère les critiques dans le New York Times en rappelant la réalité du terrain. « La question n'est pas : comment a-t-il pu s'approcher ? La question est : pourquoi tout le monde est-il en vie ? », soutient-il. Pour cet expert, un périmètre trop large risquerait de diluer les effectifs, rendant la protection moins efficace. Il souligne que la réussite repose sur la présence d'hommes entraînés entre l'assaillant et la foule.
Néanmoins, l'incident ravive le traumatisme de juillet 2024, lors de la tentative d'assassinat à Butler, en Pennsylvanie. Bien que le Secret Service assure avoir tiré les leçons de ses erreurs passées, la question de la vulnérabilité des événements publics où se concentrent les dirigeants américains reste, plus que jamais, au cœur des débats. La cheffe de cabinet de la Maison Blanche, Susie Wiles, a d'ailleurs convoqué une réunion d'urgence pour réévaluer les protocoles. Si une catastrophe a été évitée, l'événement souligne la difficulté croissante à protéger les hautes autorités dans un climat de violence politique exacerbée.



