La fin d'une ère à Nice : 18 ans sous Christian Estrosi
Le 22 mars, Éric Ciotti remporte la mairie de Nice, mettant fin au règne de Christian Estrosi après dix-huit années et un jour. Cette période, marquée par trois mandats, laisse un héritage complexe que nous explorons à travers des entretiens avec des témoins clés. Aujourd'hui, Bertrand Gasiglia, maire de Tourrette-Levens et ancien collaborateur d'Estrosi, dresse un bilan sans concession.
Un règne chaotique entre flair et errements
Bertrand Gasiglia résume les années Estrosi comme chaotiques, avec des fulgurances politiques mais aussi des erreurs coûteuses. Christian Estrosi a eu beaucoup de flair, qu'il a perdu par la suite, explique-t-il, soulignant une tendance à rétropédaler sans considérer les conséquences.
Une anecdote illustre cette versatilité : lors du projet de la ligne 2 du tramway, Estrosi avait mobilisé d'importants moyens, exposant une maquette sur la promenade des Anglais. Face à une opposition menée par Jeanne Augier du Negresco, il a soudainement abandonné le projet en surface pour un coûteux passage souterrain, multipliant les dépenses par trois.
Réalisations et échecs emblématiques
Parmi les réussites, Gasiglia cite la coulée verte, un projet qui s'inscrit dans la continuité de Jacques Médecin en supprimant des verrues urbaines comme la gare routière. Cependant, il pointe aussi des échecs retentissants, notamment le centre des congrès Océanice. Il détruit Acropolis sans plan B, entraînant des dépenses inutiles et des menaces de l'Unesco sur le patrimoine mondial de Nice.
L'estrosisme est décrit comme une navigation à vue, avec une absence de constance. Sa plus grande qualité ? Un nez creux et une ténacité à ne jamais s'avouer battu, bien que son flair ait décliné ces dernières années, notamment avec des positions isolantes comme le parvis Sarkozy ou le drapeau israélien.
Les raisons d'une chute et l'avenir incertain
La chute d'Estrosi s'explique par son isolement progressif vis-à-vis de la ville et de ses équipes. Personne n'avait envie de le contacter, note Gasiglia, évoquant des monologues sans fin. Comparé à Jacques Médecin, Estrosi partage une ambition de reconnaissance nationale, mais sans héritier politique clair.
Pour les Niçois, cette période révèle une désillusion face aux réalités, comme l'augmentation des impôts ou la bétonisation de la plaine du Var malgré des promesses de végétalisation. Nice reste une ville de droite conservatrice, stable politiquement, mais les citoyens ont finalement sanctionné les excès.
Différences avec Éric Ciotti et nostalgie possible
Éric Ciotti se distingue par sa retenue, contrairement à la mise en scène caractéristique d'Estrosi. Gasiglia prédit une nostalgie modérée pour les années Estrosi, reconnaissant que tout n'est pas à jeter après 18 ans de mandat et 46 ans de vie politique, malgré une fin en overdose.
À 71 ans, Estrosi pourrait se tourner vers d'autres horizons, mais son héritage politique semble incertain, sans successeur désigné. Cette transition marque un tournant pour Nice, avec des leçons à tirer sur la gouvernance et la transparence.



