La Marine nationale s'entraîne au déminage en Méditerranée, une capacité stratégique pour le détroit d'Ormuz
Marine nationale : entraînement déminage stratégique pour Ormuz

La Marine nationale maintient son savoir-faire en guerre des mines

Alors que se tient à Paris une conférence sur l'Initiative pour la navigation maritime dans le détroit d'Ormuz, Var-matin a pu embarquer à bord d'un chasseur de mines tripartite lors d'un exercice militaire au large du littoral varois. Cette immersion exclusive intervient dans un contexte international tendu, où la France et ses partenaires réfléchissent à déployer des moyens de déminage dans le golfe Persique.

Une préparation constante, crise ou pas

« Qu'on soit en temps de paix ou en pleine crise internationale, notre façon de travailler reste la même », assure le capitaine de corvette Landry, commandant d'un des chasseurs de mines participant à l'exercice Salamine. Du lundi au mercredi, deux des huit chasseurs de mines tripartites encore en service dans la Marine nationale se sont entraînés intensivement au large du Var.

Le capitaine de frégate Anne, officier de la division entraînement de la Force d'action navale, précise : « C'est un exercice de guerre des mines récurrent. Nous en réalisons deux par an : un en Atlantique, l'autre en Méditerranée ». Malgré les questions sur le contexte international actuel, notamment le blocus du détroit d'Ormuz et ses conséquences sur les prix des hydrocarbures, la Marine nationale répond sobrement : « Nous nous préparons aux différentes options ».

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Un scénario d'une actualité brûlante

Le scénario de l'exercice colle parfaitement à la situation observée ces dernières semaines à l'entrée du golfe Persique. « Il s'agit d'ouvrir une route dans un détroit afin d'y rétablir la navigation », détaille le CF Anne. « Mais cette opération se déroule sous la menace de drones de surface et aériens ».

D'où la nécessité d'une escorte assurée cette semaine par une frégate légère furtive (FLF) de type La Fayette. « Les chasseurs de mines, des bâtiments assez faiblement armés, sont particulièrement vulnérables lorsqu'ils blanchissent une zone car ils sont obligés d'évoluer à faible vitesse », explique le commandant en second de la FLF. « En assurant une bulle de protection autour d'eux, la frégate leur permet de se concentrer sur le déminage ».

Lors de l'exercice, la frégate a brillamment rempli son rôle en détruisant un drone aérien avec son canon de 100 mm, démontrant une coordination parfaite pour éviter les tirs fratricides.

Une technologie de pointe au service du déminage

Les chasseurs de mines, dont la coque est en matériaux composites équipée de boucles d'immunisation pour diminuer les risques de déclencher les mines, utilisent une combinaison de technologies sophistiquées :

  • Sonars de coque pour la détection initiale
  • Poissons autopropulsés (PAP), robots sous-marins télé-opérés équipés de caméras
  • Plongeurs démineurs pour les interventions les plus délicates

L'enseigne de vaisseau Sébastien, officier opération à bord d'un chasseur de mines, explique le processus : « Au central opérations, il y a un opérateur de détection et un opérateur de classification. Si un écho paraît suspect, ce dernier détermine s'il s'agit d'une épave, d'un rocher ou possiblement d'une mine ».

« Grâce à leurs gouvernails actifs, les chasseurs de mines peuvent tourner autour de l'objet suspect, permettant à l'opérateur d'obtenir une image sonar complète de l'objet », poursuit-il. « En fonction de la profondeur et de la visibilité, on envoie alors le PAP ou des plongeurs démineurs pour terminer l'identification et procéder à la destruction ».

L'indispensable complémentarité homme-machine

Le second maître Johakim, plongeur démineur affecté depuis un an à bord d'un chasseur de mines toulonnais, souligne la complémentarité entre les capacités humaines et les technologies autonomes. « On est complémentaire des véhicules sous-marins télé-opérés ou autonomes », affirme-t-il.

« Sous l'eau, on est beaucoup plus agile que les machines. Même en cas de très mauvaise visibilité, on peut identifier et traiter une menace », explique le jeune spécialiste. « Et si on veut récupérer une mine plutôt que la détruire pour l'étudier, on peut agir sur sa logique et neutraliser son mécanisme. Un robot en est incapable ».

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale

Cette excellence dans la guerre des mines, la Marine nationale l'a démontrée en 1991 lors du nettoyage du golfe Persique où l'Irak avait mouillé plus d'un millier de mines. Une région où la Marine continue de déployer régulièrement des chasseurs de mines pour maintenir une connaissance actualisée des fonds marins.

Le futur de la guerre des mines se prépare

Le système de lutte anti-mines du futur (SLAM-F) prend progressivement forme. À Brest, premier port militaire à être équipé, sept drones de surface sur les seize prévus ont déjà été livrés, ainsi que le centre de contrôle et le centre de simulation pour la formation des marins.

Pour remplacer les vieillissants chasseurs de mines tripartites qui ont plus de 40 ans, jusqu'à six nouveaux bâtiments de guerre des mines devraient être commandés, s'inspirant du design du navire belgo-néerlandais. Le programme prévoit également l'acquisition de cinq bâtiments base pour les plongeurs démineurs et la réalisation de datacenters spécialisés.

Alors que les tensions persistent dans le détroit d'Ormuz, la Marine nationale maintient et modernise ses capacités de déminage, prête à intervenir pour garantir la liberté de navigation, principe fondamental de la politique maritime française.