Le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez s'est rendu ce vendredi à Nantes, au lendemain d'une fusillade qui a coûté la vie à un adolescent de 15 ans dans le quartier de Port-Boyer. Un autre adolescent, âgé de 13 ans, a été hospitalisé dans un état grave, mais son pronostic vital n'est plus engagé. Un troisième adolescent a été moins gravement blessé. Les faits se sont produits vers 19 h 30, jeudi, et les suspects ont pris la fuite.
Une guerre pour un point de deal
Selon le ministre, ces tirs sont très probablement liés à une bataille pour le contrôle d'un « point de deal très convoité ces derniers temps ». Pour faire face à cette violence, Laurent Nuñez a annoncé la création d'une antenne de l'Office antistupéfiants (OFAST) à Nantes et le déploiement de renforts de police « le temps qu'il faudra pour sécuriser le quartier ».
Une série noire dans l'Ouest
Cette fusillade s'inscrit dans une longue série qui touche Nantes, mais aussi Rennes, Lorient, Brest, Alençon et Niort. Les enquêteurs interrogés par Le Point sont unanimes : le trafic de stupéfiants n'est plus une affaire locale. Des têtes de réseaux basées ailleurs en France, parfois à l'étranger, investissent les zones de chalandise de l'Ouest, où les prix sont plus élevés que sur les marchés saturés de la région parisienne.
Fournissant la marchandise, ils montent des équipes de vendeurs mêlant recrues locales et intérimaires venus en train et logés en Airbnb. L'an dernier, le clan marseillais Yoda a été identifié à Rennes, tandis que son rival, la DZ mafia, serait en action à Saint-Nazaire.
Des violences très localisées
Malgré ces incidents, ni Brest, ni Rennes, ni Nantes ne sont devenus des coupe-gorge. Sur cinq ans, les crimes et délits enregistrés à Nantes sont en nette baisse : 32 697 en 2019 contre 24 126 en 2024, selon les statistiques du ministère de l'Intérieur. Cependant, certaines zones décrochent. Il existe une carte officieuse des quartiers à risque : Pontanézen à Brest, le Breil et Malakoff à Nantes, Perseigne à Alençon, Bois-du-Château à Lorient, le Clou-Bouchet à Niort, Villejean, Maurepas et la ZUP sud de Rennes.
Cette carte est mouvante. Port-Boyer, jusqu'à présent, n'apparaissait pas comme un secteur à risque à Nantes. De même pour Lambézellec à Brest. Parfois, la situation s'améliore, comme à Kercado et Menimur à Vannes, qui ont disparu de l'actualité depuis plus d'un an.
L'impact sur l'immobilier et la population
Les secteurs concernés ont souvent un air de famille : constitués de tours, classés en quartiers prioritaires de la politique de la ville (QPV), ce sont les moins chers de leurs agglomérations. Ils abritent une forte proportion de population précaire et immigrée. Le trafic de stupéfiants est désormais visible dans les prix de l'immobilier : à quelques centaines de mètres près, l'écart peut être d'un à trois, voire davantage.
À Nantes, Laurent Nuñez a réitéré sa « détermination dans cette guerre contre le narcotrafic » pour les « habitants qui n'en peuvent plus de ce trafic ». Ceux qui le peuvent déménagent, souvent les moins défavorisés et les familles avec enfants. À Lorient, dans le quartier Bois-du-Château, le collège Le Coutaller a fermé en 2022 faute d'élèves. Chaque fusillade enfonce un peu plus ces quartiers, et remonter la pente prendra beaucoup de temps.



