Livraisons par drone en prison : un business qui s'organise
Drones en prison : un business qui s'organise

Les livraisons par drone dans les prisons françaises sont devenues un phénomène quotidien et professionnalisé, touchant particulièrement les établissements de Nîmes, Montpellier, Béziers, Perpignan et Toulouse. Selon un surveillant du centre pénitentiaire de Perpignan, 90 % des colis transportés contiennent des téléphones et de la drogue, mais on trouve aussi de plus en plus de couteaux en céramique. Il alerte : « On attend quoi avant de réagir ? Une tragédie ? Demain ce sera un 9 mm et autres armes à feu ! »

Un trafic structuré et lucratif

La police judiciaire de Montpellier a démantelé une filière particulièrement organisée qui alimentait les prisons du Sud. Les enquêteurs ont stoppé le réseau au moment où plus d'un kilo de cannabis et une dizaine de couteaux allaient être livrés par voie aérienne. Cyril Jacquet, délégué régional adjoint du syndicat Unsa-justice, précise que les centres de détention les plus touchés sont Béziers, Perpignan, Villeneuve-lès-Maguelone près de Montpellier et Seysses à Toulouse, là où les pilotes peuvent s'isoler à quelques centaines de mètres dans la nature.

Le business est lucratif : selon une source spécialisée du renseignement dans l'Hérault, le gramme de cocaïne se vend 100 euros derrière les barreaux, la barrette de résine de cannabis 50 euros, et les téléphones entre 500 euros pour un iPhone 8 et 1 500 euros pour un modèle récent. Les livreurs sont payés en moyenne 350 euros pour 400 grammes de marchandise, avec un recrutement sur les réseaux sociaux.

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Des colis insolites et des contournements technologiques

L'inventaire des livraisons est surprenant : cannabis, cocaïne « de plus en plus » selon Cyril Jacquet, téléphones, alcool, viande fraîche que les prisonniers ne peuvent pas « cantiner » à cause de la chaîne du froid, mais aussi entrecôte, merguez, appareil à raclette, livraisons de McDonald's et de kebab, épices, consoles, clés informatiques, cartes SIM, et même des piscines gonflables ou des affiches de Marvel et Spiderman. Pierre Grousset, délégué de région à l'Unsa, rapporte que même au quartier d'isolement, les détenus se font livrer.

Le ministère de la justice avait annoncé un grand plan anti-portable fin 2025 et doté les prisons de brouilleurs de drones. Mais le système est contourné avec du fil de pêche : l'engin reste au-dessus du dôme de protection, le colis étant tenu par le fil pendant une dizaine de mètres plus bas. « Les détenus guident avec leur téléphone ou des lumières laser dont on a vite compris l'utilisation en les saisissant, jusqu'à la cellule », décrypte Pierre Grousset. Certains drones ne sont pas brouillés par les fréquences utilisées, et les modèles sophistiqués supportent de plus en plus de poids.

Des interpellations et des solutions attendues

Malgré les risques, les forces de l'ordre multiplient les interpellations. Mi-août, trois jeunes hommes et femmes ont été pris près de Villeneuve-lès-Maguelone avec drone, drogue et arme, écopant jusqu'à six mois de prison ferme. Même scénario à Nîmes cet été, tandis qu'à Carcassonne, des riverains de la maison d'arrêt sont exaspérés par le survol incessant des drones la nuit.

Pour Cyril Jacquet, « dès qu'il y a une technologie pour contrer les drones, une autre apparaît ». Les spécialistes du pénitentiaire sont unanimes sur la seule solution : mettre des volières sur les fenêtres. Un surveillant proche de la retraite alerte : « Certains drones peuvent transporter des kilos et pourquoi pas jeter une bombe sur un mirador ? C'est un fléau. »

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