Le Conseil des ministres allemand a adopté ce mercredi une vaste réforme qui doit permettre au renseignement extérieur, le BND, et au renseignement intérieur, le BfV, de mener pour la première fois des opérations secrètes. Ce tournant majeur vise à répondre à la montée des menaces russes, dans un pays où les activités des services sont restées strictement encadrées en raison du souvenir de la Gestapo nazie et de la Stasi est-allemande.
Un nouveau chapitre pour le renseignement
« Nous ouvrons un nouveau chapitre pour les services de renseignement. Nous les transformons en véritables services secrets », a déclaré le ministre de l’Intérieur Alexander Dobrindt. La réforme, qui doit encore être approuvée par le Parlement, pourrait entrer en vigueur l’an prochain.
Jusqu’ici cantonnés principalement à la collecte d’informations, les services allemands pourraient désormais neutraliser des systèmes informatiques en cas de cyberattaque, mener des opérations de piratage pour manipuler ou supprimer des données et, dans certaines situations, conduire des actions de sabotage à l’étranger.
Des opérations élargies mais encadrées
Le BND pourrait par exemple modifier des instructions de fabrication d’armes ou rendre celles-ci inoffensives dès leur production. Les agents allemands ne devraient toutefois pas pouvoir recourir à la violence contre des personnes à l’étranger, contrairement aux services israéliens ou américains. Ils pourront en revanche emporter des armes à l’étranger sans autorisation expresse, uniquement pour leur légitime défense.
Pour Berlin, cette évolution est devenue nécessaire depuis l’invasion russe de l’Ukraine en février 2022. L’Allemagne se considère désormais « en plein cœur d’un conflit hybride avec la Russie, mais aussi avec d’autres acteurs », selon Marc Henrichmann, président de la commission parlementaire chargée du contrôle des services de renseignement.
Un « changement d’époque » contesté
Les autorités allemandes estiment également que leurs services sont en retard sur ceux des autres pays européens et dépendent encore trop de leurs homologues étrangers. Le « changement d’époque » annoncé après l’invasion de l’Ukraine doit donc aussi s’appliquer au renseignement.
Le projet ne fait toutefois pas l’unanimité. Ses opposants redoutent une atteinte accrue aux libertés individuelles et à la vie privée. Le chef des libéraux allemands, Wolfgang Kubicki, a ainsi accusé Alexander Dobrindt de « briser un tabou historique » : « Je ne veux pas de police secrète en Allemagne », a-t-il déclaré.



