Dans le sillage de l'affaire Lyhanna, qui relance les interrogations sur la prise en charge des mineurs en danger et des violences intrafamiliales, certains policiers remettent aujourd'hui en lumière une décision administrative passée relativement inaperçue à l'époque : la dissolution, en 2022, de la Brigade de protection des mineurs et de la famille (BPMF) du district ouest des Alpes-Maritimes.
Une unité spécialisée dissoute
Cette unité spécialisée, basée à Grasse, était chargée du traitement des affaires impliquant des mineurs, des violences familiales et des situations de vulnérabilité. Pendant plusieurs années, elle s'était forgé une solide réputation auprès des enquêteurs, comme des magistrats. Son travail avait d'ailleurs été mis en avant dans plusieurs reportages consacrés aux enquêtes sensibles menées par les policiers azuréens.
Pourtant, au cours de l'année 2022, l'administration décide de dissoudre cette structure spécialisée. Une décision qui suscite immédiatement l'incompréhension du monde policier.
Redéployés vers d'autres services d'enquête
Parmi eux, Laurent-Martin de Frémont, secrétaire départemental du syndicat Un1té police 06. « Nous étions montés au créneau dès l'annonce de cette dissolution. Nous considérions qu'il s'agissait d'une erreur. Cette brigade fonctionnait, obtenait des résultats et possédait une expertise reconnue », rappelle aujourd'hui le représentant syndical.
Selon lui, cette réorganisation s'inscrivait dans un contexte national marqué par la recherche permanente d'effectifs pour répondre aux priorités du moment. « À chaque période correspond une priorité gouvernementale : les violences intrafamiliales, les rodéos urbains, les trafics de stupéfiants, les refus d'obtempérer ou encore les cambriolages. Lorsqu'il manque des effectifs, certaines unités spécialisées deviennent des variables d'ajustement. »
Les policiers affectés à la BPMF auraient alors été redéployés vers d'autres services d'enquête ou de sécurité publique afin de renforcer des secteurs considérés comme prioritaires. Une décision qui ne veut évidemment pas dire que ces dossiers ont été abandonnés, mais qu'ils ne sont plus du ressort d'une unité spécialisée.
Fragiliser le traitement des dossiers
À l'époque, le syndicat Un1té Police avait publiquement fait part de ses réserves. Ses représentants estimaient que la suppression d'une brigade spécialisée risquait de fragiliser le traitement de dossiers nécessitant une expérience particulière et un suivi approfondi.
Quatre ans plus tard, alors que plusieurs affaires impliquant des mineurs, dont celle de Lyhanna, alimentent le débat public, Laurent-Martin de Frémont estime que les inquiétudes exprimées en 2022 étaient fondées. « Nous avions alerté sur les conséquences possibles de cette décision. Aujourd'hui, la question des moyens consacrés à la protection des mineurs revient au premier plan. »
Pour le syndicaliste, l'affaire Lyhanna devrait conduire l'administration à réévaluer l'organisation actuelle. « Il ne serait pas surprenant que l'on réfléchisse demain à recréer ou renforcer ce type de structures spécialisées », avance-t-il.



