Marine Le Pen remet le cap à gauche devant le Medef
Le Pen remet le cap à gauche devant le Medef

Marine Le Pen a refermé la parenthèse libérale ouverte par Jordan Bardella au Rassemblement national. En matière économique et sociale, la candidate à la présidentielle de 2027 réactive sa ligne populiste et remet le cap à gauche, comme elle l'a montré cette semaine devant le Medef. Ce positionnement, qualifié d'« attrape-tout » par le directeur de la rédaction Baptiste Bize, marque une rupture avec la stratégie d'union des droites menée par le président du RN.

Un retour à la ligne populiste et étatiste

Devant le Medef, Marine Le Pen a délivré un message clair : retraite à 60 et 62 ans, refus du libre-échange, étatisme assumé et priorité au pouvoir d'achat des salariés plutôt qu'à une politique de l'offre basée sur les aides aux entreprises. Ce programme, fidèle à ses racines populistes, contraste avec les quinze mois passés avec Jordan Bardella comme candidat putatif du RN, entre les deux condamnations de la patronne pour détournement de fonds publics.

« Bien sûr, la formule est volontairement caricaturale », nuance Baptiste Bize dans son édito. Sur les sujets régaliens, le programme défendu par Marine Le Pen reste fidèle aux racines d'extrême droite de son parti. Mais en matière économique et sociale, elle impose de nouveau son positionnement « attrape-tout », affranchi des clivages traditionnels, une sorte de « en même temps » des extrêmes.

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Une reprise en main idéologique au RN

Cette reprise en main idéologique est nette. Alors que Jordan Bardella courtisait les patrons et s'inscrivait dans une stratégie d'union des droites, Marine Le Pen impose son propre cap. Ce n'est pas un hasard si François Durvye, conseiller spécial du président du Rassemblement national, a choisi le jour du débat pour annoncer qu'il ne participerait pas à la campagne présidentielle. Ce polytechnicien, ancien gestionnaire de fortune du milliardaire d'extrême droite Pierre-Édouard Stérin, avait été choisi pour infléchir la ligne économique du parti et rassurer les chefs d'entreprise.

C'est ainsi que Jordan Bardella a été invité à passer un grand oral devant les dirigeants du Medef et à dîner avec des patrons du CAC 40, au printemps dernier. Lui prétend être parti, Marine Le Pen assure l'avoir écarté. Dans les deux cas, le positionnement opportuniste de la candidate entame sa crédibilité auprès des acteurs du monde économique, selon l'édito.

Un calcul électoral risqué

Sur le plan électoral, le calcul est peut-être habile. Avec un certain cynisme, la prétendante à l'Élysée peut se dire qu'il sera toujours temps de redresser la barre une fois aux affaires. Mais en cas de victoire, le retour de bâton sera immédiat. Là où François Mitterrand avait attendu 1983 pour redescendre sur terre et effectuer son « tournant de la rigueur », Marine Le Pen, elle, serait confrontée dès septembre 2027 à l'élaboration d'un impossible budget.

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