Pour une fois, les disciples de Jean-Luc Mélenchon n'ont pas hurlé en meute contre les enquêtes d'opinion comme ils en ont l'habitude. Au contraire, ils se sont abondamment et publiquement réjouis du sondage Odoxa pour Public Sénat et la presse régionale, publié mardi, sur les intentions de vote à la présidentielle.
Jordan Bardella est donné largement en tête (32 % des intentions de vote), mais derrière lui, Édouard Philippe perd quatre points et le chef insoumis en gagne autant. Résultat : le second talonne le premier, à 16 % contre 17 %. Raphaël Glucksmann, qui vient de lancer sa campagne, stagne à 11 % et Marine Tondelier à 4 %.
Au second tour, l'ancien Premier ministre s'incline devant le président du Rassemblement national, à 52-48. Ce scénario, encore très mouvant évidemment, le prive d'un argument de poids vis-à-vis de ses concurrents du socle commun, Gabriel Attal et Bruno Retailleau.
Mélenchon au second tour, le rêve de sa vie
Pour résumer, Jean-Luc Mélenchon distance largement tous ses concurrents à gauche et peut prétendre à une présence au second tour de l'élection présidentielle, le rêve de sa vie.
Les députés de sa garde rapprochée ont aussitôt crié victoire. Clémence Guetté, aujourd'hui idéologue en chef adjointe du mouvement, se prend un instant pour Donald Trump et tweete en lettres capitales : « IL SE PASSE QUELQUE CHOSE ! »
Éric Coquerel se livre à de savantes hypothèses façon problème de robinet : « Sachant que l'institut Odoxa crédite Jean-Luc Mélenchon de 16 % des intentions de vote à moins d'un an de la présidentielle de 2027, alors qu'à la même période de 2022 ce même institut lui donnait 8 % d'intentions de vote, puis 16 % trois jours avant le scrutin pour que finalement son vrai résultat soit 22 % au soir du premier tour, selon vous, quel sera le score de notre candidat ? »
Aurélie Trouvé opère le même calcul et laisse éclater son enthousiasme : « Imaginez ce que ça peut donner pour l'élection présidentielle de mars prochain… ».
Les braillards de l'Assemblée nationale
La dynamique Mélenchon est donc lancée. L'éternel prétendant à l'Élysée, depuis l'annonce de sa candidature, fait un sans-faute dans un recentrage destiné à dorloter les électeurs de gauche qu'avaient épouvantés ses saillies aux relents antisémites et autres outrances.
Le « Nous, c'est carré » lancé au 20 heures de TF1, le 3 mai, a porté ses fruits : « Une équipe, un programme, un seul candidat », disait l'intéressé. Il est, c'est vrai, le seul dans ce cas. La prochaine étape, pour lui, consiste à incarner le « vote utile » à gauche face au « péril fasciste » représenté par le Rassemblement national.
Une route toute tracée ? Pas vraiment, car certains électeurs peuvent à juste titre s'émouvoir de la pagaille que continuent de semer les députés insoumis à l'Assemblée nationale.
« Merci pour votre contribution au désordre »
La semaine dernière, pendant les questions au gouvernement, le Premier ministre a dû interrompre son propos sur la situation économique tant le brouhaha était intense à l'extrême gauche de l'hémicycle.
« Merci pour votre dignité. Même quand le sujet est grave, Mesdames et Messieurs les députés de la France insoumise, vous allez chercher la querelle et le désordre, voilà. Merci pour votre contribution au désordre, une fois de plus, dans cet hémicycle », a lancé Sébastien Lecornu aux braillards des rangs mélenchonistes.
Même agitation, mardi, au sujet d'Israël et de Gaza, le sujet préféré des Insoumis, celui sur lequel ils tentent de prospérer depuis les élections européennes. Le très bien élevé ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, en a perdu son flegme : « Je vous laisse à vos hurlements… »
Pendant ce temps, LFI commence à songer à la constitution de son futur gouvernement, qui serait composé de plusieurs députés spécialistes de la « bordélisation ». Un changement de statut et de style… radical !



