Mariage du siècle à Monaco : Grace Kelly devient princesse
Mariage du siècle à Monaco : Grace Kelly princesse

Publicité « Mariage du siècle » à Monaco (6/9) : Grace Kelly devient la princesse Grace dans l’antre du pouvoir des Grimaldi

Chaque jeudi, retrouvez un extrait de notre nouveau hors-série sur le mariage de Rainier III et Grace Kelly. Sixième épisode : ce 18 avril 1956, en fin de matinée, le prince Rainier III et Grace Kelly unissent civilement leurs destins au cours d’une cérémonie organisée au cœur de la Salle du Trône.

Si le mariage devant Dieu porte une symbolique forte, l’union devant les hommes est celle de la légalité. À la veille de la cérémonie religieuse, le 18 avril 1956, son mariage civil avec le prince Rainier III fait de Grace Kelly, officiellement, la princesse de Monaco.

Le rendez-vous a été fixé à 10 heures pour 80 invités : la famille, les journalistes et les personnalités officielles. Parmi elles : Paolo Marella, nonce apostolique qui représente le pape Pie XII, et un certain François Mitterrand, garde des Sceaux du gouvernement de Guy Mollet envoyé pour représenter la France et son président René Coty. Une double haie de carabiniers en grand uniforme est formée devant le Palais princier. Elle balise le chemin pour que les invités traversent la Cour d’honneur et la galerie d’Hercule. Et rejoignent la Salle du Trône, cœur du pouvoir monégasque choisi pour célébrer l’union.

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Taffetas rose et jaquette noire

Président du Conseil d’État et donc officier d’État civil de la famille souveraine, Marcel Portanier est qualifié pour marier les amoureux. À ses côtés, Jean Cerruti sera le greffier. Le duo lance la cérémonie à 11 heures. « La porte du Salon Vert s’ouvrit et le cortège ainsi formé apparu : le majordome, le chambellan, Miss Grace Kelly suivie de Mr et Mrs J.B. Kelly », détaille le Journal de Monaco. Suivent Peggy et John Brendan Kelly Jr, la sœur et le frère de l’actrice qu’elle a choisis pour témoins.

Grace Kelly s’installe sur le fauteuil de gauche positionné au cœur de la pièce, dos au trône. Elle a revêtu la tenue en taffetas rose pâle confectionnée pour elle par Helen Rose. Un ensemble au corsage ajusté recouvert d’une dentelle d’Alençon. La mariée porte également une paire de gants en chevreau et un petit bonnet qui retient sa coiffure imaginée par Sydney Guilaroff, venu spécialement d’Hollywood pour la préparer.

Le prince Rainier III pénètre à son tour dans la pièce, jaquette noire et pantalon à rayures grises. Il rejoint le fauteuil qui l’attend, à droite de sa promise. À ses côtés, son premier aide de camp, le colonel Severac, ses parents la princesse Charlotte et le prince Pierre, sa sœur la princesse Antoinette, qui sera son témoin. Comme le comte Charles de Polignac et le lieutenant-colonel Jean Ardant. Le militaire français a été détaché au début des années quarante aux côtés du jeune prince Rainier. Entre eux s’est formée une relation de confiance. « Une confiance et une amitié absolument inébranlable, incorruptible. Une relation de grande affection, sans démonstration », se souvient la comédienne Fanny Ardant, fille du colonel qui deviendra gouverneur de la Maison princière en 1958.

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« Ni l’un ni l’autre, nous ne savourions vraiment ce moment »

« Cette salle est trop étroite pour contenir tous ceux qui auraient ardemment souhaité, non point par simple curiosité, mais du fond de leur âme, avoir le privilège d’être présents à cette minute », souligne l’officier d’État civil en ouvrant la cérémonie, après avoir demandé au Souverain s’il l’autorise à procéder à la célébration du mariage. D’un geste de tête, le prince Rainier III confirme. L’officier entame la lecture des articles du Code civil relatifs aux droits et devoirs respectifs des époux. Avant la question fatidique. « Mademoiselle, entendez-vous prendre pour époux son altesse sérénissime Monseigneur le prince Rainier III Grimaldi, prince souverain de Monaco ici présent ? » « Monseigneur, puis-je très respectueusement demander si votre altesse sérénissime consent à prendre pour femme et légitime épouse Mademoiselle Grace-Patricia Kelly ici présente ? » Deux « oui » suffisent à officialiser l’union. Marcel Portanier prononce le mariage. Grace Kelly devient princesse de Monaco et reçoit une vingtaine d’autres titres : trois fois duchesse, six fois comtesse, six fois baronne, trois fois marquise...

Sur les images de cette séquence, les deux visages des mariés fraîchement unis apparaissent fermés. Le Prince triture son col ou sa moustache, la nouvelle princesse est sur la retenue. Une émotion provoquée par la symbolique de l’instant, mais aussi par le décorum qui noie un peu le caractère romantique. « Ni l’un ni l’autre, nous ne savourions vraiment ce moment », a confié des années plus tard le prince Rainier III à son biographe Jeffrey Robinson, confirmant combien le poids de l’événement avait pesé sur les mariés. On rapporte qu’il faisait très chaud, ce matin-là, dans la Salle du Trône, à cause des nombreux projecteurs placés dans l’enceinte aux murs recouverts de tentures rouges, éclairant les lieux pour les caméras filmant la cérémonie.

Garden-party monégasque

Les époux reçoivent les félicitations de leurs proches dans le Salon bleu des Grands Appartements du Palais princier. Ils rejoignent ensuite une loggia donnant sur la place, d’où ils saluent la foule massée dans l’attente de les voir apparaître. Un lâcher de colombes est organisé au-dessus des jardins Sainte-Barbe. Tout Monaco est en fête. Le déjeuner officiel suit. Au menu notamment : brioche au foie gras d’Alsace, gratin de queues d’écrevisses, suprême de volaille Maryland et petit pois de Nice au beurre. Puis vacherin glacé praliné. Les agapes se déroulent à nouveau dans la Salle du Trône transformée rapidement en salle à manger. Un programme millimétré qui donne des sueurs. On rapporte que le chambellan du Souverain a perdu connaissance au cours de la journée. Un malaise provoqué par un enchaînement des séquences à flux tendu.

L’après-midi, le couple a invité toute la population monégasque pour une garden-party. L’anecdote avait amusé la presse internationale de l’époque : qu’un Souverain puisse réunir la totalité de ses sujets - ou presque - dans son jardin. C’est le cas, à 16 heures, lorsque 2500 Monégasques franchissent la Porte d’honneur. Une marée humaine envahit la Cour pour voir apparaître les mariés. Le Prince et la Princesse, tout sourire désormais, s’offrent un bain de foule et trinquent avec leurs invités. De grands buffets sont dressés pour sustenter les participants. « C’est là que j’ai vu la princesse de près, pour la première fois, dans son bel ensemble rose avec un petit chapeau. Elle était adorable, très souriante », se souvient Huguette Giordan. « C’était la joie, on la trouvait tous très belle. » Jacqueline Levesy était aussi présente. Elle n’a rien oublié : « Pour la première fois, le Souverain nous présentait la future princesse. Ils sont descendus dans la cour pour venir parler à tout le monde. Grace était simple, affable, d’une beauté formidable. Et le prince Rainier connaissait pratiquement chaque personne par son nom de famille. » En souvenir, chaque invité reçoit un verre décoré de filets aux couleurs de la Principauté et du monogramme R.G. surmonté de la couronne princière. Un objet devenu collector, que de nombreuses familles monégasques exposent encore dans leur salon.

Une création à l’Opéra en hommage à la princesse

Pour le dernier chapitre d’une journée de fête, rendez-vous à Monte-Carlo. Les premiers pas de la princesse Grace sont éblouissants ! Dans une robe de soie blanche signée par la maison Lanvin et brodée de centaines de milliers de paillettes de nacre, l’épouse de Rainier III semble échappée d’un conte de fées, coiffée d’une tiare et portant les insignes de grand-croix de l’ordre de Saint-Charles. Une tenue choisie pour apparaître place du Casino et rejoindre la loge princière de la Salle Garnier, où se joue ce soir-là la première du spectacle « Hommage à la princesse ». Une conjugaison de la musique de Stan Kenton, du travail chorégraphique de Michael Charnley, des costumes d’André Levasseur et du talent des danseurs du London’s Festival Ballet – dont l’étoile britannique Margot Fonteyn - pour offrir un spectacle en cinq actes sur la scène de l’Opéra. Dans l’assistance, l’Aga Khan et Jean Médecin, le maire de Nice, applaudissent la performance. Pour le grand public, des spectacles de variétés avec des chansonniers sont programmés au même moment au Théâtre des Beaux-Arts et au Café de Paris. Mais la nuit sera courte : Monaco doit marier religieusement son prince le lendemain matin.