À un an de l'élection présidentielle, Édouard Philippe demeure le candidat favori de la droite et du centre. Selon les intentions de vote au premier tour, il devance ses concurrents et est le seul à être donné gagnant face au Rassemblement national au second tour. Cependant, le chemin du maire du Havre est semé d'obstacles. Il doit résister à l'offensive de Gabriel Attal, continuer de séduire à la fois sa gauche et sa droite, et faire face à une instruction judiciaire. Dans tous les camps, on s'interroge sur sa capacité à surmonter ces difficultés.
Premier défi : Gabriel Attal
Le patron des néomacronistes s'est lancé avec la ferme intention de devancer Édouard Philippe. Si ce dernier déçoit, Attal sera là pour prendre la relève comme champion du camp centriste. Il sature les médias, cherche à incarner l'avenir et à se débarrasser de son image de bébé-macron parisien des beaux quartiers. Il souhaite même se glisser dans la peau de Jacques Chirac, tandis qu'Édouard Philippe serait un autre Édouard – Balladur – perdant à la présidentielle.
Pour le maire du Havre, ce n'est pas commode d'avoir ce concurrent dans les pattes. Certes, les Français ne seront peut-être pas dupes de la part de communication dans l'intense campagne de son cadet. Mais elle risque de faire apparaître Édouard Philippe comme un brin plan-plan et trop sûr de son affaire. C'est sans doute pourquoi celui-ci s'est réveillé et a participé à l'émission C à vous, ce week-end, pour rappeler qu'il était bien là et pas avare d'une formule : « Cela m'en touche une sans faire bouger l'autre », a-t-il réagi à la candidature d'Attal, reprenant au passage une réplique bien connue d'un certain… Jacques Chirac. Et de rappeler que des deux anciens Premiers ministres, lui seul a été véritablement chiraquien.
Deuxième défi : ratisser large
Édouard Philippe doit continuer à ratisser large en plaisant à sa droite comme à sa gauche. Seul ce positionnement central peut lui laisser espérer à la fois de se qualifier pour le second tour puis de l'emporter avec le soutien des électeurs socialistes modérés. Mais avec Attal qui occupe le centre gauche et Bruno Retailleau qui campe à droite, il faut beaucoup de doigté pour séduire les uns sans perdre les autres. « Je suis de droite », rappelle Philippe, tout en veillant à ne pas blesser l'autre camp. À force de nuance, il risque de n'emballer personne. Le candidat du sérieux doit trouver le moyen d'être autre chose que le mieux placé pour battre le RN.
Troisième défi : la justice
Le Parquet national financier s'est vu contraint d'ouvrir une instruction judiciaire car la plaignante s'est constituée partie civile. Ce caractère automatique échappera peut-être aux citoyens qui retiendront sans doute seulement qu'Édouard Philippe est poursuivi. Il a beau se dire serein et suggérer que toute cette affaire est montée par une personne déçue de ne pas avoir vu son CDD prolongé, les chefs d'inculpation sont désagréables : favoritisme, détournement de fonds publics, prise illégale d'intérêt... Pas idéal pour un candidat qui veut remettre de l'ordre dans les comptes et dans le pays.
Heureusement pour le maire du Havre, les poursuites judiciaires se sont banalisées ces derniers temps. Et les raisons de sa mise en cause semblent obscures : les soupçons portent sur une convention d'objectifs pluriannuelle pour l'animation de la Cité numérique du Havre signée en 2020 par Édouard Philippe, président de la communauté urbaine, et une ancienne adjointe du maire chargée de l'innovation et du numérique en tant que présidente bénévole de l'association LH French Tech.
L'ultime défi : rassembler
Impossible de résumer l'affaire en quelques mots compréhensibles. L'enquête ne devrait pas trop inquiéter le candidat, mais sait-on jamais… Si Édouard Philippe parvient à surmonter tous ces obstacles, il lui restera à créer le rassemblement autour de son nom, après une rude campagne interne qui peut durer jusqu'au début de 2027. L'ancien Premier ministre a beau se poser en rempart contre l'extrême droite, il faudra réparer les pots cassés pendant de longs mois. Et trouver les mots qui permettent de réaliser l'unité, toujours promise mais rarement réalisée. Ce sera l'ultime défi.



