Bernard Cazeneuve exprime son désir d'être président en 2027
Cazeneuve : « J'ai le désir d'être président »

Un « désir » d’être président de la République. C’est par ce sentiment que l’ancien Premier ministre socialiste Bernard Cazeneuve a exprimé son ambition élyséenne mardi, affirmant que sa « détermination à être dans le débat est totale » pour 2027. « Bien entendu que j’en ai le désir, sinon […] je ne ferais pas tout ce que j’ai fait au cours des dernières semaines », a-t-il répondu sur France Inter. Celui qui a quitté le Parti socialiste lorsqu’il s’est allié avec La France insoumise pour les législatives de 2022, avant de rompre, puis de créer son mouvement La Convention, se lance désormais dans la course.

Un parcours marqué par la sécurité et Matignon

Ancien Premier ministre de décembre 2016 à mai 2017, sous la présidence de François Hollande, après avoir été ministre de l’Intérieur à l’époque des attentats de Paris et Saint-Denis, Bernard Cazeneuve, 62 ans, s’inscrit-il dans la lignée des locataires de Matignon aux ambitions élyséennes contrariées ? Nombreux sont ceux qui, ayant vécu cette expérience, ont nourri l’ambition d’être président de la République. Mais rares, sous la Ve République, à l’avoir été : seuls Georges Pompidou et Jacques Chirac y sont parvenus. Michel Debré, Jacques Chaban-Delmas, Raymond Barre, Laurent Fabius, Lionel Jospin, Alain Juppé, François Fillon, ou Jacques Chirac en 1988 ont bien tenté le grand saut, sans succès. Autant de personnalités, de sensibilités partisanes, d’histoire personnelle et de la France différentes, mais qui se retrouvent dans l’échec à recevoir la consécration des Français.

Matignon, souvent un « handicap » pour une candidature présidentielle

« Il n’y a pas de fatalité pour passer de Matignon à l’Élysée », nuance Jean Garrigues, président de la commission internationale pour l’histoire des assemblées d’État. L’historien évoque le « contre-exemple » de Georges Pompidou. En disgrâce à la fin de la présidence de de Gaulle, celui-ci réussit pourtant à « facilement » être élu en se présentant comme le dauphin du général. « Mais, à la différence de beaucoup de ceux qui vont lui succéder, relève Jean Garrigues, Georges Pompidou est un Premier ministre qui a été populaire jusqu’au bout. »

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Car « l’enfer de Matignon » use, et le Premier ministre « est souvent considéré comme un fusible », note Pierre-Emmanuel Guigo, maître de conférences en histoire contemporaine à l’Université Paris-Est-Créteil. Les réformes impopulaires, voire les grèves « marquent » une personnalité, à l’instar de l’ancien Premier ministre Manuel Valls, fortement exposé lors du mouvement social contre la loi Travail de 2016. « Son passage à Matignon a laissé, plus que pour d’autres, un souvenir négatif », juge l’historien. La sortie de Matignon pour une campagne présidentielle peut alors constituer un « handicap », selon Jean Garrigues, « car l’on paie le mécontentement engendré par sa présence au pouvoir ».

Le tri mémoriel parmi les anciens Premiers ministres

Le temps peut cependant être un allié pour des personnalités passées par Matignon, à l’instar d’Édouard Philippe ou d’Edouard Balladur, estime Jean Garrigues. Ces derniers disposent, selon lui, d’un « crédit d’homme d’État et de la légitimité de ceux qui ont exercé des responsabilités majeures ». Or cette figure de sérieux n’était pas acquise pour Edouard Philippe, précise l’historien. « En prenant ses distances avec Emmanuel Macron, beaucoup prévoyaient que l’image d’un traître lui collerait à la peau. Les Français ont fait un tri mémoriel et choisissent, aujourd’hui, de retenir celle d’un Premier ministre efficace », estime-t-il.

Une image de rigueur dont bénéficie aussi Bernard Cazeneuve, ajoute Pierre-Emmanuel Guigo. Mais la brièveté de ses fonctions à Matignon, il y a dix ans, juste avant la présidentielle de 2017, a une contrepartie, à savoir « un souvenir estompé » auprès des Français. « Mes étudiants ont déjà du mal à voir qui est François Hollande, note l’historien. Bernard Cazeneuve n’existe quasiment plus pour eux. »

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Une concurrence parmi les « revenants »

Une autre difficulté réside dans le nombre des personnalités « sur le retour » qui ont l’ambition de devenir chef de l’État en 2027, selon cet historien, mais qui ne pourront pas tous se présenter à la présidentielle. Pierre-Emmanuel Guigo liste dans cette catégorie Bernard Cazeneuve, Dominique de Villepin, ou l’ancien président François Hollande. « Cependant, mieux vaut faire parler de soi, mais ne pas réussir à être candidat », affirme Pierre-Emmanuel Guigo, qui rappelle la déconvenue de Michel Debré. Premier ministre du général de Gaulle, rédacteur de la Constitution de la Ve République, il est l’un des piliers de l’histoire politique française contemporaine. « Michel Debré se présente à l’élection présidentielle de 1981 et fait 1,66 % des voix. Après ça, il a été cuit pendant de nombreuses années. »