Depuis que la campagne présidentielle accélère, les attaques entre les camps d'Édouard Philippe et Gabriel Attal sont passées de l'ombre à la lumière. En façade, tout est fait pour qu'aucun des deux candidats à la présidentielle ne s'égratigne jusqu'à leur rapprochement final. Mais, en coulisses et parfois devant les caméras, leurs entourages ont plus de mal à retenir leurs coups.
Une rivalité qui s'exacerbe
« Je suis meilleur que lui en campagne ! » Cette petite phrase, prononcée en privé par Gabriel Attal et qui s'est retrouvée dans plusieurs articles de presse, a le don d'agacer le clan d'Édouard Philippe. « Mais quelle campagne ? Il est maire de quelle ville ? » s'offusque un proche de l'édile du Havre. Avant d'ironiser, en visant l'âge du patron de Renaissance : « Ça doit être une erreur de jeunesse ! »
Les attaques frontales entre les deux candidats ne franchissent qu'exceptionnellement les murs des conciliabules des deux camps. « Gabriel va faire attention à ne jamais prononcer les mots qui peuvent laisser des traces », confie un stratège de Renaissance. Et à Bruxelles, jeudi dernier, l'ex-Premier ministre Horizons a appelé ses militants belges à ne pas se livrer à une guerre de tranchées avec la partie adverse. « Concentrez-vous sur l'essentiel », leur a-t-il intimé.
Des coulisses électriques
Sauf qu'en coulisses, les deux entourages croisent le fer, à coups de tacles assassins. Dernier épisode en date : la déclaration de candidature de Gabriel Attal en Aveyron. « Se faire passer pour un homme du terroir, c'est du foutage de gueule ! » fustige un lieutenant d'Édouard Philippe. Quid de la discrète campagne de ce dernier ? « Il vaut mieux car quand il se déplace, ça se voit qu'il n'aime pas les gens », tape un député attaliste. Le pacte de non-agression scellé en février se fissure dès qu'il franchit le cercle des deux protagonistes, attablés ce soir-là dans un restaurant à côté du Cirque d'Hiver, à Paris.
Depuis que la campagne présidentielle accélère, ces attaques sont passées de l'ombre à la lumière. Sur Public Sénat, le directeur de campagne d'Édouard Philippe s'est moqué de l'appel de maires à la candidature de Gabriel Attal, dans les colonnes de La Tribune Dimanche. « Ce ne sont pas 500 maires mais 500 élus locaux. Il n'y a pas d'ancrage local de Renaissance », a cinglé Christophe Béchu.
Des politesses de façade
L'édile du Havre fait publiquement la distinction entre candidat et entourage. Ainsi lorsqu'il est interrogé dans l'émission « C à vous », samedi dernier, sur son côté Balladur, « moins bon en campagne » et plus « conventionnel » : « Je ne crois pas que Gabriel dise ça mais je sais que ses équipes le disent. J'ai été chiraquien, voilà une différence avec Gabriel. En bon chiraquien, je vous dirais que ça m'en touche une sans me remuer l'autre. »
Ces politesses ne s'appliquent visiblement pas à la stratégie. Alors que Gabriel Attal s'apprête à annoncer sa candidature, Édouard Philippe, qui calcule ses sorties médiatiques, accorde une interview au Parisien et à une émission de télévision, s'imbriquant ainsi dans la « séquence » de son concurrent.
Un été sous tension
« L'été va être très long pour tous les deux. Ils vont se mettre sur la figure pendant six mois. Six mois d'anthropophagie, six mois à se bouffer l'un l'autre. Tout cela est mauvais pour notre camp », pointe, navré, un soutien historique d'Emmanuel Macron.
Et pourtant, les représentants d'Édouard Philippe, Gabriel Attal et François Bayrou, entre autres, ont mis en place un « comité de liaison » pour éviter les divisions en vue de 2027. Les responsables de leurs formations jeunesse ont fait de même. Les vingtenaires Louis Roquebert (Renaissance), Marine Cazard (Horizons) et Jules Pasquier (MoDem) ont créé un groupe WhatsApp (sobrement intitulé « comité de liaison ») et se sont récemment rencontrés, pour la première fois. L'occasion d'acter… leurs désaccords. Le leader Renaissance plaide pour lancer un appel à une candidature commune, sans LR, alors que son homologue Horizons veut inclure le parti de droite. Les querelles s'avèrent héréditaires.



