Un parallèle audacieux avec Jacques Chirac
Gabriel Attal n'hésite jamais à faire grand. On se souvient de lui, en janvier 2024, annonçant des mesures pour calmer la colère des agriculteurs depuis une ferme, avec pour pupitre une botte de paille. Cette mise en scène fut diversement appréciée, mais l'image en forme de carte postale est restée. Il s'agissait, déjà, pour celui qui était alors Premier ministre, de se « déparisianiser ».
Vendredi, il a choisi de copier Jacques Chirac en 2002 pour officialiser sa candidature à la présidence de la République. L'ancien chef de l'État avait annoncé concourir à sa propre succession en répondant à une question de Marie-Josée Roig, maire d'Avignon, où il était en déplacement pour inaugurer la gare TGV.
Le patron de Renaissance a choisi un bourg de l'Aveyron, Mur-de-Barrez, pour répondre lui aussi au maire de la ville, et révéler ce que tout le monde savait déjà, puisque se tient samedi prochain, à Paris, son premier « grand meeting ».
Une référence qui ne convainc pas
Dimanche, dans une interview au Parisien, il a de nouveau insisté sur un prétendu héritage chiraquien : « Il y avait chez Jacques Chirac une énergie, une proximité, une sincérité et une empathie qui me parlent depuis longtemps. » Depuis longtemps peut-être, mais dans le plus grand secret !
C'est la première faille de cette trouvaille : elle ne correspond à aucune réalité tangible. La seconde tient à la différence des situations : Gabriel Attal n'est pas un président qui entend se représenter. La troisième à l'image même des deux personnages : d'un côté, un ancien député de la Corrèze qui avait montré de longue date son attachement au terroir, à ses habitants et à ses traditions ; de l'autre, un jeune urbain qui tente une sortie extravéhiculaire au-delà du boulevard périphérique.
Les critiques fusent
Les commentaires assassins n'ont pas tardé à se faire entendre. Invité de l'émission C à vous ce week-end, Édouard Philippe était interrogé sur la petite musique qu'essaie d'installer l'équipe de campagne de Gabriel Attal, selon laquelle le duel entre les deux anciens Premiers ministres d'Emmanuel Macron ressemblerait à l'affrontement entre Chirac et Balladur en 1995 : à la fin, le gagnant ne serait pas le mieux placé dans les sondages à un an du scrutin présidentiel.
« Moi j'ai été chiraquien, voilà une différence avec Gabriel…, a-t-il répondu. En bon chiraquien, je vous dirais assez volontiers que ça m'en touche une sans me remuer l'autre ». Et d'ajouter : « Des campagnes, j'en ai fait beaucoup depuis 2002. J'en ai perdu quelques-unes. Puis j'en ai gagné quelques autres […]. J'en ai gagné des difficiles parce que gagner au Havre, quand on s'inscrit dans ma lignée politique, quand on dit des choses qui sont parfois impopulaires, c'est difficile. »
Dominique de Villepin a quant à lui déclaré dimanche sur BFMTV : « J'ai bien connu Chirac et je l'ai accompagné toute une partie de sa carrière. S'il y a une chose dont je peux témoigner, c'est qu'il n'y a rien dans Gabriel Attal de Jacques Chirac. Jacques Chirac a toujours été Jacques Chirac. Gabriel Attal doit apprendre à devenir Gabriel Attal. À partir de ce moment-là, on pourra faire des comparaisons ».
C'est cruel, mais c'est une assez bonne appréciation d'un moment de communication pour le moins paradoxal.



