Bruno Retailleau, président du groupe Les Républicains (LR) au Sénat, a exprimé son espoir de voir le maire de Cannes, David Lisnard, se rallier à sa candidature pour la présidence du parti. Pourtant, Lisnard est un fervent partisan de l'union des droites, une stratégie que Retailleau rejette catégoriquement. Ce paradoxe illustre les tensions internes au sein de la droite française.
Un appel à l'unité malgré les divergences
Dans un entretien accordé au Figaro, Retailleau a déclaré : « Je souhaite que David Lisnard nous rejoigne. Il a des qualités et une expérience qui pourraient être utiles à notre famille politique. » Cependant, Lisnard milite activement pour une alliance entre LR et le Rassemblement National (RN), une position que Retailleau qualifie de « ligne rouge » infranchissable. Selon un sondage Ifop de juin 2024, 62 % des sympathisants LR seraient favorables à une union des droites, mais seuls 34 % des cadres du parti partagent cet avis.
Les positions divergentes sur l'union des droites
David Lisnard, également président de l'Association des maires de France, défend depuis plusieurs mois l'idée d'une « coalition des droites » pour les prochaines élections législatives. Il estime que seule une union large permettra de battre la gauche et le macronisme. En revanche, Bruno Retailleau s'oppose fermement à toute alliance avec le RN, qu'il juge incompatible avec les valeurs républicaines. « L'union des droites est un leurre, elle affaiblirait notre identité et notre crédibilité », a-t-il martelé lors d'un meeting à Paris en juillet 2024.
Un contexte de recomposition politique
Cette situation intervient alors que LR cherche à se reconstruire après des défaites électorales successives. Aux européennes de juin 2024, le parti a obtenu 7,5 % des voix, loin derrière le RN (31 %) et la majorité présidentielle (15 %). Retailleau mise sur un congrès prévu en novembre pour redynamiser la formation. De son côté, Lisnard pourrait peser dans la balance s'il décide de se présenter, mais son positionnement pro-union des droites divise.
Les réactions au sein du parti
Plusieurs figures de LR ont réagi à cet appel. Valérie Pécresse, présidente de la région Île-de-France, a estimé que « l'unité du parti doit primer sur les querelles personnelles ». En revanche, le député LR Éric Ciotti a salué la position de Lisnard, y voyant « une ouverture nécessaire ». Selon une source proche de Lisnard, ce dernier n'a pas encore pris de décision, mais il conditionnerait son ralliement à un engagement clair de Retailleau en faveur d'une union des droites.
Les enjeux pour l'avenir de LR
Le congrès de novembre s'annonce décisif pour l'orientation future du parti. Si Retailleau parvient à rallier Lisnard, il renforcerait son leadership et marginaliserait les partisans de l'union des droites. En cas d'échec, il risque de voir une scission, avec la création d'un nouveau mouvement rassemblant les proches de Lisnard et de Ciotti. Les sondages montrent que 45 % des électeurs LR souhaitent un rapprochement avec le RN, tandis que 38 % y sont opposés.
Bruno Retailleau reste confiant : « Je suis convaincu que nous trouverons un terrain d'entente. L'essentiel est de préserver l'unité de notre famille politique. » De son côté, David Lisnard n'a pas encore officialisé sa position, mais ses proches indiquent qu'il pourrait annoncer sa décision dans les prochaines semaines. L'avenir de la droite française se joue en coulisses.



