Le 20 juillet, Sébastien Lecornu, ministre de l'Intérieur, a convoqué six établissements bancaires à Matignon pour discuter du financement de la campagne de Marine Le Pen, candidate du Rassemblement national à l'élection présidentielle de 2027. Officiellement, la réunion visait à garantir à tous les candidats un accès égal aux financements français, mais dans les faits, elle répondait surtout aux difficultés de la cheffe de file du RN à obtenir des prêts auprès des banques françaises.
Un double impératif pour l'État
Selon les services du Premier ministre, cités dans un communiqué, « pour garantir le bon déroulement de la campagne et de ses enjeux démocratiques, il est essentiel que tous les candidats, quel que soit leur bord politique, puissent accéder à des financements français pour financer leur campagne ». Cette réunion visait ainsi à lever les réticences des banques, souvent frileuses à prêter à des candidats d'extrême droite, tout en prévenant les risques d'ingérences étrangères via des financements alternatifs.
Marine Le Pen, bien placée dans les sondages, se heurte traditionnellement à la difficulté d'obtenir des prêts bancaires, en raison de la perception politique et des risques de défaut. En 2022, elle avait déjà dû se tourner vers des banques russes, ce qui avait suscité des polémiques sur d'éventuelles ingérences.
Le spectre des financements étrangers
En convoquant les banques, Sébastien Lecornu cherche à éviter que Marine Le Pen ne se tourne à nouveau vers des financements étrangers, notamment russes ou hongrois. La réunion du 20 juillet s'inscrit dans une stratégie plus large de l'exécutif pour sécuriser le processus électoral et éviter les accusations de favoritisme ou d'entrave à la démocratie.
Les six banques conviées, dont les noms n'ont pas été divulgués, ont été invitées à constituer un « pool bancaire » capable de financer la campagne de la candidate sans que cela ne pèse sur une seule institution. Cette mutualisation permettrait de diluer le risque de crédit et de répondre aux exigences réglementaires.
Un précédent controversé
En 2022, Marine Le Pen avait contracté un prêt de 6 millions d'euros auprès d'une banque russe, puis d'une banque hongroise, ce qui avait nourri les soupçons de liens avec des puissances étrangères. La situation avait embarrassé le RN et relancé le débat sur l'indépendance des candidats. Pour 2027, l'objectif du gouvernement est clair : aucun financement étranger ne doit venir entacher la campagne.
Si la réunion n'a pas abouti à un accord formel, les discussions se poursuivent. Les banques attendent des garanties sur le remboursement des prêts, tandis que le RN cherche à rassurer sur sa solvabilité et son indépendance.



