Dans un entretien publié le 13 juillet 2026, le philosophe Michel Feher, auteur de « Producteurs et parasites. L’imaginaire si désirable du Rassemblement national » (La Découverte), livre une analyse acerbe de la situation politique française. Selon lui, les institutions se préparent avec résignation à la victoire du Rassemblement national (RN) lors des prochaines échéances électorales.
Un tandem Le Pen-Bardella sans accroc
Interrogé sur la candidature de Marine Le Pen, Feher affirme que le tandem qu'elle formera avec Jordan Bardella « fonctionnera sans heurts ». Il rejette l'idée d'une divergence idéologique entre une Le Pen « tournée vers les classes populaires » et un Bardella « pro-patrons », estimant que cette opposition est artificielle et sert les intérêts du RN en lui permettant de ratisser large.
« À trop insister sur cette différence, on fait le jeu de l’extrême droite », prévient le philosophe, qui se dit animé d’une « colère froide » face à la normalisation du parti.
La résignation des institutions
Feher critique vivement l'attitude des institutions politiques et médiatiques, qui selon lui se préparent « avec résignation » à une victoire du RN. Il dénonce une forme de « consentement implicite » qui facilite l'ascension de l'extrême droite, sans véritable opposition de fond.
« Les institutions ne combattent plus le RN, elles s’y adaptent », explique-t-il. Cette résignation, ajoute-t-il, est d'autant plus dangereuse qu'elle banalise un parti dont le programme repose sur une logique d'exclusion et de rejet des « parasites ».
Un imaginaire politique pernicieux
Dans son ouvrage, Michel Feher décortique l'imaginaire du RN, qu'il qualifie de « si désirable » pour une partie de l'électorat. Il montre comment le parti construit un discours opposant les « producteurs » – ceux qui contribuent à la société – aux « parasites » – immigrés, assistés, élites –, créant ainsi un clivage simpliste mais efficace.
« Le RN ne propose pas seulement un programme, il offre une vision du monde où les 'vrais' Français se voient reconnaître une dignité perdue », analyse Feher. Cette rhétorique, selon lui, séduit bien au-delà de son électorat traditionnel.
Une stratégie de normalisation
Le philosophe souligne que la stratégie de normalisation du RN, menée notamment par Marine Le Pen et Jordan Bardella, a porté ses fruits. Le parti a réussi à se présenter comme une force politique respectable, tout en maintenant un discours radical sur le fond.
« Le RN a compris qu'il devait adopter un ton policé pour rassurer, mais ses idées restent les mêmes », conclut Feher. Il appelle la gauche et les forces démocratiques à ne pas tomber dans le piège de la résignation et à proposer une alternative crédible.



