À sept mois du premier tour de l’élection présidentielle, près d’un jeune Français sur deux envisage de voter pour Jean-Luc Mélenchon, candidat de La France insoumise (LFI). Ce constat, dressé dans l’éditorial de Cécile Prieur, directrice de la rédaction, publié le 16 septembre 2026, place la gauche hors LFI face à une question existentielle : comment reconquérir une jeunesse qui se tourne massivement vers les offres de rupture ?
Un clivage générationnel au sein de la gauche
Le dossier de couverture de la semaine, intitulé « Gauche, le choc des générations », met en lumière une équation inédite : un candidat vieux qui séduit les jeunes (Mélenchon) face à un candidat jeune qui plaît aux vieux (Raphaël Glucksmann). Alors que la primaire de la gauche n’a pas encore désigné son vainqueur, les deux favoris, Olivier Faure et Raphaël Glucksmann, restent en lice, mais aucun ne semble en mesure de remporter aisément les suffrages des moins de 30 ans.
Cette fracture générationnelle se superpose au clivage historique entre les gauches irréconciliables. Les familles de gauche, souvent anciens électeurs socialistes, voient leurs enfants se tourner vers LFI, au point de rejouer « la bataille d’Hernani aux déjeuners dominicaux ». L’intérêt des jeunes pour la politique ne cesse de croître : aux législatives de 2024, 77 % des moins de 35 ans déclaraient s’intéresser au scrutin, une tendance que la présidentielle de 2027 devrait confirmer.
Une repolitisation marquée par la radicalité
Cette repolitisation de la jeunesse, si elle est salutaire, s’accompagne d’un puissant désir de radicalité qui laisse les partis de gouvernement sur le bas-côté. En France, une large partie des jeunes se tourne vers les offres de rupture, à gauche avec Jean-Luc Mélenchon, mais aussi à l’extrême droite avec le Rassemblement national. Outre-Atlantique, les jeunes électeurs américains portent également la vague socialiste incarnée par le maire de New York, Zohran Mamdani.
Les manifestations de la génération Z, observées partout dans le monde, révèlent un sentiment d’urgence face à la crise climatique, au retour de la guerre et aux inégalités criantes. « Les jeunes estiment qu’ils n’ont plus le temps », résume le politiste Rémi Lefebvre, interrogé dans l’enquête. Plus le temps de négocier, de faire des compromis, qu’ils assimilent à des compromissions, ni de s’intéresser aux congrès, courants et motions des partis traditionnels, dont le PS offre à leurs yeux la parfaite caricature.
La responsabilité des partis de gouvernement
Les partis dits « de gouvernement » portent une lourde responsabilité dans cette désillusion, qui dépasse le cadre des jeunes générations. Pendant des années, les formations au pouvoir ont abîmé l’essence de l’action politique en expliquant qu’un seul chemin était possible, borné par les contraintes financières, européennes ou mondiales. Cette politique du « There is no alternative » a agi comme un poison démocratique, rejetant aux marges l’idéal politique et la volonté de changement.
Le Parti socialiste a perdu plus que les autres dans ce jeu : en abandonnant une part de sa radicalité au nom du réalisme, la social-démocratie l’a cédée à d’autres. Aujourd’hui, Jean-Luc Mélenchon apparaît comme le seul dépositaire d’une promesse qui fut longtemps celle de toute la gauche : la conviction que la politique peut encore changer la vie.
Une question de survie pour la gauche hors LFI
Pour la gauche hors LFI, il s’agit désormais d’une question de survie. Elle doit renouer avec ses fondamentaux pour incarner à nouveau l’espoir d’un monde meilleur et reconquérir les jeunes générations, et au-delà. Il lui faut retrouver le souffle de ses origines pour prouver qu’elle peut être radicale dans ses ambitions tout en restant résolument démocrate dans ses moyens, par opposition aux offres de rupture dédiées au culte du chef, dont LFI offre une inquiétante illustration.
Associer l’énergie de la révolte aux vertus du dialogue et de la négociation n’a rien d’impossible : la gauche doit à cet alliage quelques-unes de ses plus belles conquêtes. C’est assurément sa seule voie pour redevenir radicalement désirable.



