À Clacton-on-Sea, station balnéaire délabrée de la côte est de l'Angleterre, le parti Reform UK de Nigel Farage pourrait bien remporter sa première circonscription aux élections législatives du 4 juillet. Dans cette ville où le taux de chômage atteint 10 %, soit le double de la moyenne nationale, la colère gronde et les espoirs se tournent vers l'ancien chef de l'UKIP.
Une ville oubliée, un électorat en colère
Clacton-on-Sea, avec ses 50 000 habitants, incarne le déclassement des stations balnéaires britanniques. Les anciennes attractions touristiques sont remplacées par des magasins de charité et des bureaux de paris. Le taux de pauvreté infantile y atteint 38 %, et l'espérance de vie est inférieure de cinq ans à celle des quartiers riches de Londres.
« On parle de nous, enfin ! » s'exclame Margaret, 67 ans, ancienne employée de maison de retraite. Comme beaucoup ici, elle se sent abandonnée par les deux grands partis. « Les conservateurs nous ont pris pour acquis pendant des années, et les travaillistes ne s'intéressent qu'aux grandes villes », ajoute-t-elle.
Le phénomène Farage, entre rejet et adhésion
Nigel Farage, figure emblématique du Brexit, a choisi Clacton-on-Sea pour tenter de se faire élire député. Son parti, Reform UK, capitalise sur le mécontentement et promet de « rendre sa fierté » à cette région oubliée. Dans les rues, ses affiches sont omniprésentes, et ses meetings attirent des foules nombreuses.
« Il est le seul à dire la vérité sur l'immigration et sur l'Union européenne », estime John, 54 ans, ancien pêcheur reconverti dans la plomberie. « Les autres nous mentent depuis des décennies. »
Cependant, tous ne partagent pas cet enthousiasme. Sarah, 45 ans, aide-soignante, craint une victoire de Farage : « Il divise les gens. On a besoin de solutions, pas de boucs émissaires. »
Un test national pour Reform UK
La circonscription de Clacton-on-Sea est devenue le symbole de la percée de Reform UK dans les régions désindustrialisées et littorales. Selon un récent sondage, le parti obtiendrait 32 % des intentions de vote dans cette circonscription, devant les conservateurs (28 %) et les travaillistes (22 %).
Si Nigel Farage l'emportait, ce serait son premier mandat parlementaire après sept tentatives infructueuses. Un succès qui pourrait redessiner la carte politique britannique et fragiliser encore davantage le Parti conservateur du Premier ministre Rishi Sunak.
Les électeurs de Clacton-on-Sea, eux, attendent surtout des actes. « On a besoin de travail, de services publics et de dignité », résume Margaret. « Si Farage tient ses promesses, tant mieux. Sinon, on aura au moins essayé. »



