L'arc républicain pave la voie à Marine Le Pen
Arc républicain : la voie royale pour Le Pen

L'arc républicain, cette coalition de circonstance censée ériger un rempart contre l'extrême droite, a paradoxalement pavé la voie de Marine Le Pen vers le pouvoir. C'est la thèse développée par Michel Feher, philosophe et essayiste, dans une tribune publiée par Libération le 5 août 2026. Selon lui, en reprenant les codes et les thématiques du Rassemblement National pour tenter de le contrer, les partis traditionnels ont contribué à banaliser ses idées et à légitimer sa candidate.

Une normalisation par le rejet

Feher souligne que l'arc républicain, en excluant le RN de tout accord électoral, a créé une dynamique victimaire. Loin de l'affaiblir, cette mise à l'écart a renforcé le discours de Marine Le Pen, qui se présente comme une opposante au système. Les électeurs séduits par ce positionnement se sont mobilisés en sa faveur, transformant chaque scrutin en référendum pour ou contre l'établissement.

La droitisation des idées

L'essayiste observe une droitisation notable des programmes des partis de gouvernement. Sur des thèmes comme l'immigration, la sécurité ou la laïcité, les propositions se sont rapprochées de celles du RN. Cette convergence a eu un double effet : elle a crédibilisé les solutions de l'extrême droite tout en déplaçant le curseur du débat public vers ses positions. Résultat : Marine Le Pen n'apparaît plus comme une anomalie, mais comme une option politique parmi d'autres.

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Un électorat conquis

Cette stratégie a porté ses fruits électoraux. Lors des dernières élections européennes de 2024, le Rassemblement National est arrivé en tête avec plus de 31 % des voix, un score historique. Les enquêtes d'opinion récentes montrent que Marine Le Pen est donnée gagnante au premier tour de la prochaine présidentielle, avec environ 35 % des intentions de vote. Les reports de voix au second tour, autrefois hostiles, semblent désormais plus incertains, signe d'une dédiabolisation réussie.

La responsabilité des médias et des élites

Feher n'épargne pas les médias, qui ont accordé une couverture massive aux thèses du RN, ni les élites intellectuelles, qui ont parfois cédé à la tentation de l'antipolitisme. Il appelle à une prise de conscience : l'arc républicain ne doit pas être un simple cordon sanitaire, mais un projet politique alternatif crédible, capable de répondre aux angoisses des citoyens sans céder aux sirènes de l'extrême droite.

Un appel à l'action

Pour Michel Feher, il est urgent de sortir de cette logique. Il propose de reconstruire une offre politique fondée sur la justice sociale et l'écologie, seules capables de rivaliser avec le RN sur le terrain des inégalités. Sans cela, prévient-il, l'accession de Marine Le Pen à l'Élysée n'est plus une hypothèse d'école, mais une perspective concrète.

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