Dans un entretien accordé au Point, Philippe Portier, historien et sociologue spécialiste de la laïcité, revient sur les spécificités du modèle français de laïcité. Selon lui, la France se distingue par son refus d'étouffer la liberté de conscience, une caractéristique qui la différencie des autres modèles républicains.
Un modèle républicain qui préserve la liberté de conscience
Philippe Portier explique que la laïcité à la française « se refuse à étouffer la liberté de conscience ». Contrairement à d'autres pays, la France n'impose pas une séparation stricte entre l'État et les religions au point de restreindre les croyances individuelles. Il souligne que ce modèle est issu d'un long processus historique, marqué par la loi de 1905 sur la séparation des Églises et de l'État.
L'historien rappelle que la laïcité française est souvent mal comprise à l'étranger. « On la présente parfois comme une forme d'hostilité envers les religions, alors qu'elle est avant tout une garantie de liberté », affirme-t-il. Selon lui, la France a choisi de ne pas « étouffer la liberté de conscience », ce qui la distingue des régimes plus autoritaires en matière religieuse.
Les enjeux contemporains de la laïcité
Philippe Portier aborde également les défis actuels de la laïcité en France. Il évoque notamment les tensions autour de l'islam et les débats sur le port de signes religieux dans l'espace public. Selon lui, ces controverses révèlent une méconnaissance du principe de laïcité, qui n'est pas une « arme contre les religions » mais un « cadre de coexistence pacifique ».
L'historien insiste sur le fait que la laïcité française ne doit pas être confondue avec un « laïcisme » qui viserait à éliminer toute expression religieuse de la société. « La laïcité à la française se refuse à étouffer la liberté de conscience, c'est sa force », répète-t-il. Il appelle à une meilleure éducation sur ce principe pour apaiser les tensions.
Une comparaison avec d'autres modèles
Philippe Portier compare le modèle français à celui des États-Unis ou de la Turquie. Aux États-Unis, la liberté religieuse est très large, mais la séparation est moins nette qu'en France. En Turquie, la laïcité est plus autoritaire et contrôle les religions. « La France a choisi une voie médiane, qui respecte les croyances sans les favoriser », explique-t-il.
Il conclut en rappelant que la laïcité française est un « équilibre délicat » entre la liberté individuelle et l'ordre public. « Elle ne cherche pas à effacer les religions, mais à les faire coexister pacifiquement dans l'espace républicain », ajoute-t-il. Selon Portier, cet équilibre est menacé par les extrémismes religieux et politiques, mais reste un modèle de référence.



