Dans un entretien au Monde, le politiste Rémi Lefebvre dresse un constat sévère sur la stratégie électorale de la gauche française. Selon lui, cette dernière a abandonné une vision globale de la société pour se concentrer sur une segmentation de son électorat en « petites parts de marché ». Une logique d'optimisation qui, à terme, nuit à la construction d'un projet politique cohérent.
Une logique de niche
Pour Rémi Lefebvre, la gauche a progressivement renoncé à s'adresser à l'ensemble des classes populaires pour se focaliser sur des catégories spécifiques : jeunes, femmes, minorités, urbains diplômés. « Chaque segment est ciblé avec des mesures sur mesure, mais l'ensemble manque de liant », explique-t-il. Cette approche, inspirée des techniques de marketing politique, permet certes de capter des voix, mais elle fragmente le corps électoral et affaiblit la portée transformative du discours.
Les risques de la segmentation
Le politiste identifie plusieurs dangers. D'abord, la concurrence entre ces segments peut créer des tensions internes. Ensuite, cette stratégie néglige les classes populaires périurbaines et rurales, qui se sentent délaissées. Enfin, elle favorise une « politique des petits pas » au détriment de réformes structurelles. Lefebvre appelle à un rééquilibrage : « Il faut retrouver une ambition collective, tout en tenant compte des spécificités, mais sans tomber dans le morcellement. »
Un diagnostic partagé
Ce constat rejoint les analyses d'autres chercheurs, comme le sociologue Pierre Rosanvallon, qui dénonce une « démocratie de l'identité » où les revendications particulières prennent le pas sur l'intérêt général. Pour Lefebvre, la gauche doit impérativement renouer avec un discours universaliste, sans quoi elle risque de perdre son âme et son efficacité électorale.



