Des collégiens de Loupian enquêtent sur Marc Bloch avant sa panthéonisation
Des collégiens de Loupian enquêtent sur Marc Bloch

À l'occasion de l'entrée de l'historien et résistant Marc Bloch au Panthéon le 23 juin prochain, les élèves de 3e 5 du collège Olympe-de-Gouges, à Loupian, ont mené pendant plusieurs mois un vaste travail de recherche historique et pédagogique autour de la "constellation Bloch". Ce grand projet mémoriel est consacré au parcours de l'historien, à son engagement résistant et à son ancrage montpelliérain.

Un projet de transmission et de valorisation de la mémoire combattante

Encadrés par leurs professeures d'histoire-géographie, Cécile Le Gorrec-Forestier et Céline Canessa, par Sarah Gensburger, directrice de recherche au CNRS et sociologue, et avec le concours de Gaëtan Blosse, référent mémoire Occitanie à l'Office national des combattants et des victimes de guerre, les collégiens ont exploré les trajectoires de résistance de Marc Bloch, mais aussi celles de son fils Louis, d'Étienne Bloch et de leur cousin Robert Weill.

"Ce projet de transmission, de reconnaissance et de valorisation de la mémoire combattante, explique Gaëtan Blosse, vise à faire découvrir aux élèves Marc Bloch, non seulement comme grand historien et figure nationale de la Résistance, mais aussi comme homme inscrit dans des territoires, des réseaux familiaux, universitaires et résistants." L'objectif était double pour ces jeunes passeurs de mémoire : leur permettre de comprendre la portée historique et civique de la panthéonisation de Marc Bloch, et les rendre acteurs d'un travail de recherche, de transmission et de valorisation mémorielle.

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Des élèves en enquêteurs passionnés

La professeure d'histoire-géographie Cécile Le Gorrec-Forestier est à l'origine, avec le référent mémoire Gaëtan Blosse, de ce projet autant pédagogique que mémoriel. Elle retrace l'histoire : "Au départ, nous avions travaillé avec Gaëtan sur la guerre d'Algérie, par l'intermédiaire de témoins de cette période. Le travail a commencé en février sur la famille Bloch, sans savoir où cela allait nous mener. Les élèves ont travaillé comme des archivistes et des enquêteurs. Petit à petit, on a découvert beaucoup de choses. On s'est même rajouté du boulot avec ce circuit urbain sur la famille Bloch à Montpellier."

Interrogée sur l'attitude des élèves, elle répond : "Les élèves ont accroché rapidement. Ce qui leur a plu, c'est le fait de travailler sur de véritables archives, ajouté aux interventions de Gaëtan en classe. Et puis, il y a eu ce 'tableau FBI', ce côté top secret… Ça les a passionnés immédiatement. Quand les élèves d'autres classes ont vu le tableau, ils auraient aimé faire pareil ! Cela fut très chronophage et a demandé beaucoup d'investissement. Mais il y a eu une grande synergie, comme une alchimie. Une vraie dynamique autour d'un questionnement cognitif indispensable pour embarquer les élèves."

Quant à la méthode de recherche : "La somme de documents était difficile à traiter. Les recherches avançaient avec les élèves. On leur donnait les archives et ils les recroisaient entre eux. Puis, on enrichissait avec des textes, des images. Ils se sont pris au jeu. Aujourd'hui, ils sont passionnés par la panthéonisation ! En outre, les élèves ont écrit à Suzette pour l'inviter à échanger avec eux sur son grand-père et leur histoire familiale. Elle a accepté et nous a envoyé d'autres ressources."

Le point culminant sera le voyage à Paris : "Gaëtan avait ça en ligne de mire, moi je n'y croyais pas du tout ! On a aussi visité la prison de Montluc, à Lyon, où a été emprisonné Marc Bloch comme d'autres résistants, dont Jean Moulin. Cela nous a beaucoup marqués. Suzette a aussi beaucoup porté notre démarche et je la remercie. Ce moment au Panthéon va être un grand moment, assez unique dans une vie. Cette aventure nous dépasse un peu. On n'avait pas des ambitions aussi élevées. C'est la récompense de cet engouement de la part des élèves, de leurs familles également, de celle de Marc Bloch bien sûr, ainsi que de notre chef d'établissement qui nous a accompagnés avec bienveillance et dynamisme."

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Étude méthodique de la France de Vichy et de la Résistance

À travers l'étude d'archives originales, les élèves ont découvert les réalités de la France de Vichy, de la Résistance et les réseaux clandestins actifs sur Montpellier et sa région. Leur enquête historique, menée à la façon d'un "tableau FBI", comme ceux où l'on colle des photos et l'on relie les éléments en tirant des fils, a notamment permis de relier des archives à des tags antinazis réalisés en 1942 sur les arceaux de Montpellier.

"Les élèves ont participé à plusieurs séances de travail fondées sur l'étude d'archives, poursuit Gaëtan Blosse, qui s'est déplacé à Loupian pour accompagner les élèves dans leurs travaux. Ces séances leur ont permis d'expérimenter concrètement la méthode historique : contextualisation des documents, croisement des sources et critique documentaire."

Un club Marc Bloch ouvert aux volontaires

Dans le prolongement de ce travail, un "club Marc Bloch" a également été créé au sein de l'établissement, sous l'impulsion de Cécile Le Gorrec-Forestier. Un groupe "parallèle" réunissant des volontaires sur leur pause déjeuner, témoignant de l'investissement particulier des élèves et leur volonté de s'approprier le projet. Ce travail a notamment permis d'aborder l'ancrage montpelliérain de Marc Bloch, encore peu connu du grand public. "À travers cette approche locale, les élèves ont pu comprendre comment un parcours national peut être relu à partir des territoires, des archives et des traces encore présentes dans l'espace urbain", ajoute Gaëtan Blosse.

Le projet a même pris une dimension humaine exceptionnelle grâce à un échange épistolaire avec Suzette Bloch, petite-fille de Marc Bloch. Invitée avec son cousin Alain Weill, elle rencontrera les élèves le 8 juin au collège lors d'une table ronde animée par les élèves eux-mêmes. Il s'agira d'évoquer la mémoire de Marc Bloch, en présence notamment de Carole Drucker-Godard, la rectrice d'Académie. À cela s'ajoute la création d'un circuit urbain mémoriel à Montpellier, animé le 16 juin par les élèves.

Le 8 juin, un temps fort de transmission

La table ronde du 8 juin au collège Olympe de Gouges de Loupian constitue un temps fort du projet. Les élèves restitueront une partie du travail mené depuis plusieurs mois et interrogeront directement des témoins, descendants et acteurs de la transmission mémorielle. Les échanges réuniront notamment Suzette Bloch, petite-fille de Marc Bloch, Alain Weill, descendant de la famille Bloch, ainsi que Jeanne Portier, médiatrice culturelle des hauts lieux de la mémoire nationale d'Île-de-France.

Les élèves auront l'occasion de confronter leur travail de recherche à la mémoire familiale. Ce temps d'échange permettra d'aborder plusieurs questions : que signifie faire entrer Marc Bloch au Panthéon aujourd'hui ? Comment transmettre la mémoire d'un historien résistant aux jeunes générations ? Quelle place donner à la famille, aux archives, aux territoires et aux élèves dans la construction d'une mémoire nationale ?

Déplacement à Paris pour la panthéonisation

Mais le moment le plus fort sera certainement le 23 juin, jour de la panthéonisation de Marc Bloch. Les collégiens loupiannais se déplaceront à Paris pour la remise de la croix du combattant volontaire de la Résistance de Marc Bloch à sa famille à titre posthume, auprès de l'Ordre de la Libération, aux Invalides. Cette séquence aura une portée particulière pour ces élèves ayant contribué à la constitution du dossier de demande de reconnaissance de la qualité de combattant volontaire de la Résistance pour Marc Bloch. Enfin, les élèves assisteront à son entrée au Panthéon.

"Cette invitation constituera pour beaucoup une première participation à une cérémonie nationale de cette ampleur. Ils seront associés à un acte concret de reconnaissance républicaine, prolongeant leur travail historique et mémoriel", se félicite Gaëtan Blosse. De quoi consacrer leur engagement dans ce projet qui les a conduits à interroger le parcours de l'historien et intellectuel, et ainsi donner toute sa portée à leur travail.