Rien ne destinait le retraité Six-Fournais Philippe de Boyssere à l'uniforme. Son père, comptable, évoquait pourtant sans cesse son service militaire. « À 98 ans, il en parle encore », confie-t-il. Passé par Henri-IV puis Saint-Cyr, il choisit la gendarmerie mobile et débute entre métropole et outre-mer.
Le choc du terrain
Dans les années 1980, il est affecté en Guadeloupe. Il y découvre un terrain exigeant, entre maintien de l'ordre et enquêtes criminelles marquantes. L'une d'elles restera gravée : l'affaire de la Pointe des Châteaux, où deux jeunes touristes sont assassinées à la machette. Il dirige alors l'équipe chargée de l'enquête. « C'est quelque chose qui reste dans la tête. À l'époque, on n'avait pas les mêmes moyens techniques ni scientifiques : pas d'ordinateurs, pas de caméras. L'enquête s'est concentrée sur des témoignages. » Les auteurs seront finalement jugés. « Ils commettaient des vols dans les voitures. Les deux touristes se sont retrouvées piégées par la nuit, qui tombe très vite là-bas. »
Un autre événement marque son passage : l'ouragan Hugo, qui dévaste l'archipel. « Des maisons qui n'étaient pas encore aux normes anti-cycloniques avaient tout simplement disparu. Nous avons sécurisé les lieux, permis l'accès aux besoins essentiels et recherché des disparus. Il y a eu une dizaine de morts. »
Entre sécurité et paillettes
De retour en métropole, il prend le commandement de la compagnie de gendarmerie de Fréjus. Le contexte change radicalement : la Côte d'Azur attire célébrités et grandes fortunes. « La gendarmerie de Saint-Tropez n'était pas encore un musée. Je me souviens des hommes qui râlaient le matin : toute la nuit, des touristes prenaient des photos, les flashs les empêchaient de dormir », sourit-il. Il assure également la sécurité de grands événements, comme le mariage de Johnny Hallyday et Adeline Blondieau, ou encore les célèbres soirées blanches d'Eddie Barclay. « On faisait beaucoup de prévention. »
Virage stratégique : la coopération internationale
Progressivement, Philippe de Boyssere s'éloigne du terrain pour rejoindre les sphères décisionnelles de la gendarmerie nationale. Selon son parcours, il occupe plusieurs postes clés liés aux relations internationales et à la coopération bilatérale, notamment au sein du cabinet du directeur général de la gendarmerie. Il devient spécialiste de ces enjeux, à une époque charnière marquée par la fin de la Guerre froide. Il fait ainsi partie des premières délégations envoyées en Ukraine après la chute du mur de Berlin, dans un contexte de recomposition géopolitique.
Son parcours le conduit aussi à travailler au cœur de l'État, notamment au ministère de l'Intérieur, sous Nicolas Sarkozy. « Je préparais les déplacements du ministre, j'étais en relation avec les conseillers diplomatiques, en contact direct avec les ambassadeurs. C'était un environnement très exigeant. » À plusieurs reprises, il est également chargé de la sécurité de Jacques Chirac lors de déplacements officiels. Un souvenir l'a marqué : « Lors de ma première mission, après trois jours passés à assurer sa sécurité, il est monté dans l'hélicoptère… puis il en est redescendu pour venir me saluer. Il avait oublié de le faire et a tenu à revenir. »
En fin de parcours, il rejoint les affaires internes de la gendarmerie, où il traite des dossiers sensibles et médiatisés, notamment liés à des affaires comme Adama Traoré. Un poste clé, destiné à garantir le bon fonctionnement de l'institution. Il conclut : « J'ai passé ma vie dans la gendarmerie. C'est une belle maison, elle est solide. »
Une rencontre sous haute sécurité
En 1993, présent en Tunisie dans le cadre d'une mission du Centre des hautes études d'Afrique et d'Asie modernes, Philippe de Boyssere participe à un déplacement marqué par la discrétion et la sensibilité du contexte international. Sur place, les participants apprennent au dernier moment qu'une rencontre est prévue avec Yasser Arafat. L'information, restée confidentielle jusque-là, donne immédiatement le ton. Une conférence s'organise, durant laquelle le leader palestinien expose le rôle de l'Organisation de libération de la Palestine, dans un climat encore instable. Sous la table, hors de la vue, un révélateur de l'atmosphère : des kalachnikovs. Une présence discrète, mais qui illustre les tensions permanentes entourant ce type de rencontre à l'époque.



