Bergers des Pyrénées-Orientales : création d'une section syndicale CGT
Bergers des Pyrénées-Orientales : nouvelle section CGT

Isolés dans leur travail quotidien, les gardiens de troupeaux des Pyrénées-Orientales peuvent désormais compter sur une section syndicale au sein de la CGT du département. Une initiative née de la volonté de créer du lien pour défendre collectivement leur cause.

Des prolétaires de la montagne

Parce qu'ils sont saisonniers et qu'ils travaillent pour d'autres dans des espaces éloignés, les estives, les gardiens de troupeau sont quasi invisibles du reste du monde. « Des prolétaires de la montagne », résume celui qui se fait appeler Samy, vacher de son état. Il s'occupe de l'estive de Prats Cabrera, à 1 800 m sur le flanc est du massif du Canigou.

C'est à son initiative qu'une section « pâtre » vient d'être créée au sein de l'Union départementale de la CGT. Des syndicats de bergers ou vachers existent déjà dans certains coins en France, en Ariège, en Isère, en Provence-Alpes-Côte d'Azur et dans les Cévennes. Mais pas dans les Pyrénées-Orientales où ils sont pourtant plusieurs dizaines à œuvrer.

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La dermatose nodulaire comme détonateur

Samy s'y est déjà frotté en 2020 en Ariège, à cause d'un conflit avec ses employeurs : « Je me suis syndiqué à ce moment-là. » De là à passer à l'action collective, il y avait un pas à franchir, et c'est l'épisode de dermatose nodulaire contagieuse qui a provoqué le passage à l'acte.

Cette maladie contagieuse a conduit à l'abattage d'un peu plus de 400 bêtes dans le département, après la détection de 17 foyers. « Personne n'a parlé de ce que les gardiens de troupeau ont enduré pendant cet épisode, les abattages des animaux qui nous sont confiés, et pour certains, la perte pure et simple de leur travail puisque tous les animaux de l'estive dont ils avaient la charge ont été abattus. Et contrairement aux éleveurs, il n'y a pas d'indemnisation pour eux. »

L'injustice collective est un moteur puissant. Samy a tenté d'entrer en contact avec les autres vachers, bergers et chevriers du département : « J'ai pu en joindre environ 25 sur les 60 qui travaillent ici pour leur exposer le projet et surtout leur faire passer un questionnaire pour avoir des données sur leurs conditions de vie, les horaires de travail, l'état des cabanes… »

« Créer du lien entre nous »

Si la section syndicale a vu le jour, l'heure n'est pas encore aux revendications. Chaque chose en son temps. « L'idée première, c'est d'abord de créer du lien entre nous, en particulier dans le Conflent où nous sommes très isolés. Après, oui, nous nous attaquerons aux gros dossiers : obtenir la création d'une commission paritaire à la Chambre d'agriculture et travailler à la rédaction et la négociation d'une convention collective qui puisse s'appliquer dans notre département. »

En attendant, c'est une année étrange qui s'ouvre dans les estives des Pyrénées-Orientales. Rares sont les élevages touchés par la dermatose nodulaire qui ont pu reconstituer leur troupeau cet automne ; il manquera donc des vaches sur les pelouses.

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