Le 30 août, l'Allemagne a expulsé 23 ressortissants afghans vers Kaboul, une première depuis la prise de pouvoir des talibans en août 2021. Cette opération fait suite à des négociations secrètes entre Berlin et les autorités talibanes, selon des informations rapportées par Le Monde.
Une opération menée dans la discrétion
L'avion, parti de l'aéroport de Leipzig, a atterri à Kaboul avec à son bord 23 Afghans, tous des hommes, selon les autorités allemandes. L'opération a été préparée pendant plusieurs semaines, en collaboration avec le Qatar, qui a joué un rôle de médiateur. Le gouvernement allemand n'a pas officiellement confirmé l'existence de négociations directes avec les talibans, mais des sources proches du dossier évoquent des discussions indirectes via Doha.
Cette expulsion intervient dans un contexte de durcissement de la politique migratoire allemande, alors que le pays doit faire face à une hausse des demandes d'asile. En 2023, l'Allemagne a enregistré plus de 350 000 demandes d'asile, un chiffre en augmentation de 50 % par rapport à l'année précédente.
Des critiques et des questions juridiques
L'opération suscite de vives critiques de la part des organisations de défense des droits humains. Amnesty International a dénoncé une « violation du principe de non-refoulement », rappelant que l'Afghanistan reste un pays dangereux pour de nombreuses personnes. Le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) a également exprimé ses inquiétudes, soulignant que les talibans n'offrent aucune garantie de sécurité pour les personnes expulsées.
Des juristes allemands s'interrogent sur la légalité de cette expulsion, car l'Allemagne ne reconnaît pas officiellement le régime taliban. Cependant, le gouvernement argue que ces expulsions concernent des personnes ayant commis des délits en Allemagne, et non des réfugiés en situation régulière.
Un précédent pour d'autres pays européens ?
Cette décision pourrait ouvrir la voie à d'autres pays européens, comme la France ou les Pays-Bas, qui étudient également des mécanismes d'expulsion vers l'Afghanistan. Selon Le Monde, des discussions auraient eu lieu lors du sommet européen de juin dernier, mais aucun accord commun n'a été trouvé.
Le gouvernement allemand, dirigé par le chancelier Olaf Scholz, justifie cette mesure par la nécessité de renforcer la sécurité intérieure et de dissuader les migrations irrégulières. « Nous devons être clairs : ceux qui commettent des crimes en Allemagne ne peuvent pas compter sur notre hospitalité », a déclaré un porte-parole du ministère de l'Intérieur, sans être nommé.
Les 23 expulsés ont été remis aux autorités talibanes à leur arrivée. Leur sort reste incertain, et les organisations humanitaires craignent des représailles. Cette opération marque un tournant dans la politique migratoire allemande, qui pourrait avoir des répercussions sur l'ensemble de l'Union européenne.



